faire la visite en musique ?

Qui sommes nous ?


Les poudreurs d'escampette sont  des conteurs, des rêveurs,des plumes de talent ou des débutants, des fondus de mots qui partagent leur imaginaire en toute 
convivialité sur un atelier animé par Cath, pour écrire et échanger autour de deux propositions  mensuelles; ils vous y accueillent volontiers si vous partagez leur passion

 

Propositions en cours

 

 

P82  Connaissez-vous l’écriture mosaïque ?

Le chef d’œuvre du genre est le livre d’Hervé Letellier ; « Joconde jusqu’à 100 » Un suite de points de vue émanant de gens différents sur un même sujet.

 

Le sujet : un fait divers (que vous présenterez en une ligne comme une brève dans la presse)

Vous le ferez commenter par une succession de personnages ( autant qu’il vous plaira), témoins ou pas de la scène en question.que vous identifierez auparavant de quelques  mots

Exemple : Madame Duschmoll, concierge de l’immeuble devant lequel s’est passé l’accident

 

P83 Logo rallye

Un texte dans lequel seront intégrés les mots : babélisme, bizuter, blanc-seing, blockhaus, bouffonner, buriner, casher, cacochyme, caleçonnade, calembredaine, dahu, dialectique, difforme, facétieux, gauchiste

 

 

 

 

Publications

"la même longueur d'onde"
 recueil de nouvelles 2008
(Christophe Chom ant ed.)



"à fleurs de mots"
 recueil de nouvelles 2009
(collection privée.)


  

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Dimanche 10 août 2008

          Ça arrivait toujours, à un moment ou à un autre, il y en avait un qui levait la tête... et qui la voyait.
Ils devaient suivre son regard.
Au début ils parlaient, ils parlaient... Ils disaient comme tu as bonne mine aujourd'hui, hein qu'il a bonne mine ?
Il aurait pu répondre, mais quoi ? leur dire ne vous donnez pas la peine. Votre ton guilleret est pire que tout, taisez vous donc.
Puis ils déballaient leur pathétique offrande. Tiens disaient-ils, Maman a fait de la tarte aux pommes, tu vas goûter. Ils lui fourraient un morceau dans la bouche qui dégringolait sur de drap. Il aurait pu l'avaler, le morceau de pomme, mais jouer les légumes était sa dernière liberté. Il riait intérieurement de ce bon tour.
Puis ils ne savaient plus quoi dire. Ils se levaient, allaient à la fenêtre, disaient que le temps est à la pluie, que ça fera du bien aux jardins. Revenaient, s'asseyaient à nouveau. Se taisaient, puis vite comblaient le vide. Il aurait voulu le silence, qu'ils puissent penser ensemble, au lieu de cette agitation qui l'anéantissait.
Ça arrivait toujours, à un moment ou à un autre, il y en avait un qui suivait son regard et levait la tête... et qui la voyait. La tache au plafond. Sombre.
Certains jours il se disait que le type qui l'avait  précédé avait eu la force de cracher son café jusqu'au plafond. D'autres il imaginait qu'un crime avait été commis à l'étage supérieur et que la tache de sang allait s'agrandir, s'agrandir...
 Elle lui tenait compagnie, la tache.
Chaque matin quand le cliquetis du chariot de la soignante le tirait du brouillard épais des somnifères, il ouvrait les yeux, voyait la tache et se disait  "je vis encore ".

 

Par poudreurs d'escampette
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Dimanche 3 août 2008

Hier, j'ai dressé l'inventaire.
Mes mots, couchés, installés dans le répertoire à spirales.

Tu me l'avais offert pour que je n'oublie pas.
Ecris les mots qui te plaisent.
Rares, complexes, usuels, touchants. Bien serrés les uns contre les autres,
je recompte : cinq mille.
Nous partîmes cinq mille ? Non, presque.
Sertis, protégés, choyés.
Verbes, adjectifs, noms.
Pas d'adverbe. Ca me saoule les adverbes, c'est trop lourd, c'est capiteux,
et puis ça meuble, manque d'être précis, la plupart du temps.
L'adverbe est abscons. Vois-tu, il est un peu con, l'adverbe.
J'écris, je marche dans ton sillage.
Tout le jour, j'écris. Dresseuse de listes.

 

Liste de courses 1 : beurre, oeufs, pot de crème, galettes, légumes, pâtes,
croquettes pour le chien, pour les chats aussi, stylos Pilot. Bleus les
stylos.
Liste des courses 2 : Le 4, le 10, le 3, le 7, le 12. Quinté perdu. Bai le
cheval sur lequel je misais. Il termine avant-dernier. Se peut-il qu'il fût
enchifrené, gêné dans son galop ?
Vois-tu, faire des listes c'est limite nul.
Hier, je ne sais plus pourquoi, j'ai songé que tu manquais à mes rires.
Je regardais ce mari familier  oeuvrer dans le jardin, caresser d'un revers
de main le massif cespiteux, surveiller la taupe reine des tunnels. Je me
suis souvenue. Tu aimais les mots et les notes et la gouache comme je les
aime : par nécessité. J'ai su, car la mémoire n'est pas trompeuse, au milieu
de quel bazar mon répertoire m'attendait. J'ai soufflé sur les grains gris
de poussière, j'avais envie, une grosse envie, de grains de sable blond.

Des images anciennes, vraies, fausses, ont flotté dans ma tête. Le premier
verbe à la page du F était Faseyer. Emma (tu te souviens d'Emma ?), m'en
livrerait le sens. Moi, je me fiche de ce qu'il a à dire ce verbe. J'ai
juste entendu sa musique. Au milieu de la page, j'ai dégoté Famélique. Dans
la ligne de l'onglet du G c'est Gargouille qui clignotait. Je n'ai pas rendu
visite au S. Je savais que ça débutait avec Sophisme.
Vois-tu, y'a rien de plus simple que le souvenir.
Hier, je ne sais plus au nom de quoi, je me suis extraite de cette
clinomanie dans laquelle, pas très belle mais aux mots dormants je m'étais
engouffrée et je me suis mise à dactylographier les cinq mille mots, dans
l'ordre alphabétique strict cette fois.
Mais par un prompt renfort nous nous vîmes cinq mille en arrivant au port.
Ou presque.
A chacun j'ai associé de la couleur ou de la non couleur.
Cheval : marron                                                                                                                 
Cespiteux : vert
Faseyer : blanc, ou céruléen   
Abscons : noir
Sophisme : bordeaux
Taupe : souris
Gargouille : grège
Famélique : translucide
Dactylographier : monochrome
Enchifrené : jaune

Vois-tu, hier, tu m'as manqué.

 Peindras-tu demain ?

Par poudreurs d'escampette
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Dimanche 3 août 2008

J'ai sauté des talus, déboulé dans le ravin avec mon vélo, grimpé dans les arbres, enjambé des ruisseaux, dévalé des pentes, remonté des raidillons, jusqu'au jour où j'ai dégringolé dans l'escalier en bois que je venais de monter quatre à quatre. Croyez-moi, descendre ce n'est pas du tout la même affaire et la main courante qui vous tire en montant ne vous retient pas en descendant ! J'en ai pris des gamelles, je m'en suis fait des bleus et des écorchures.

Mais l'escalier et moi c'est beaucoup plus que cela. Tous les souvenirs émouvants, douloureux ou heureux, cachés ou partagés, je les ai vécus dans les escaliers. Tantôt refuges ou cachettes, tantôt terrains de jeux innocents ou témoins de mes amours, je les ai montés, je les ai descendus, je m'y suis arrêtée, je les ai insultés, remerciés, admirés ou craints. De bois, de pierre, de fer, de marbre, de terre, de glace, j'en ai connus de toutes sortes et de toutes tailles.

Je me souviens de celui du perron de la maison où ma sœur et moi nous prenions notre goûter, les après-midi d'orage, à l'abri d'une véranda, cachées sous une couverture. C'était l'été de mes cinq ans et nous bravions les tempêtes du ciel. C'est aussi de cet escalier de pierre que j'ai vu mon père encourager ma première ligne droite en vélo.

Je me souviens de celui en fer chez mes grands-parents. C'était Noël et les enfants étaient cantonnés dans les chambres à l'étage en attendant la fin du repas des grandes personnes. Intrépide, malicieuse et terriblement curieuse, je me recroquevillais tous les ans sur la marche idéale de cet escalier, celle qu'il me fallait investir parce que dans l'ombre de la lumière du couloir et donc invisible depuis la salle à manger. Interminable moment durant lequel se préparaient les desserts auxquels nous étions conviés plus tard, la bûche et ses décors multicolores, les sablés glacés, les sujets en pain d'épices, les sachets de chocolats et fondants et de belles oranges sur lesquelles était planté un pic avec notre nom.

Je me souviens de celui de bois où ma mère m'envoyait, me punissant pour un mensonge, un caprice ou une bouderie. De colère, je martelais les marches de mes talons jusqu'au jour où une écharde est rentrée sous ma peau.

Je me souviens de celui de marbre où je retrouvais en cachette mon premier amoureux. Assis côte à côte, les mains nouées de tendresse, nous parlions de qui nous serions plus tard, de notre future maison, de nos métiers, de nos enfants. C'était le temps des bisous.

Je me souviens de celui en terre qui montait du jardin au verger. J'étais invitée une semaine chez des amis de mes parents, entre deux départs en colonie de vacances. Durant l'été de mes quinze ans, ce fut celui d'une grande solitude. La découverte de la nature heureusement m'apporta quelque réconfort, j'ai fait des boutures de géraniums, j'ai planté des graines de tomates, j'ai cueilli cerises, groseilles et cassis, j'ai tressé des couronnes de fleurs et de feuilles et commencé un herbier que j'ai oublié là-bas.

Je me souviens de celui de glace sur lequel j'ai patiné puis dérapé et enfin glissé, chutant lourdement, en voulant faire l'intéressante devant des amis avec lesquels j'étais venue skier. Le séjour se terminait le lendemain, heureusement.

Et puis, il y a tous les autres escaliers, ceux de l'âge adulte, ceux de la vie professionnelle, ceux de la vie de famille, tous ces escaliers dont les marches sont autant de difficultés, d'obstacles parfois mais aussi de signes concrets d'étape, de progression, de réussite. Ils sont faits de matières souples comme le hasard ou dures comme la volonté, régulières comme le travail ou aléatoires comme les rencontres, saines comme la confiance ou vicieuses comme la méchanceté. Ces marches d'escaliers ne se montent ni se descendent dans l'ordre ; il faut parfois savoir en sauter une ou s'arrêter au bon moment, ni trop haut ni trop bas, et toujours savoir où et qui l'on est.

Par poudreurs d'escampette
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Mercredi 23 juillet 2008

C'est pas dieu possible, je dois dérailler de la rétine, je me réveille en cerceau, j'ouvre grand mes vasistas, et qu'est-ce que je mate à mes côtés, à m'en faire gicler les gobilles ? Dans mon pieu, toute vachée dans la largeur, toute pagnotée et enamourée auprès de mézigue,  un joli lot, qui y était pas la veille, une branleuse désapée, déslipée et lestée de son tombereau à bretelles.  Pour l'heure, comme elle s'est  positionnée, aplaventée  sur le pagemuche, la couvrante  sur les pinceaux,   je ne peux pas zieuter sa tirelire, mais seulement son hémisphère austral, une sorte de pétrousquin majuscule bien ferme et bien rebondi, des comme ceusses que j'en souhaite à beaucoup de pelous de  mon acabit.   Je suis tout en chavirance, que dis-je en confusance, quand  je m'aperçois que moi itou, je suis à loilpé, en tenue des dents si vous préferez, déloqué, sans pelure ni père Joseph (comprenez  "éminence grise"), ou encore  "sans limace et sans bénouze", comme dirait mon amie Rika.

J'essaie de me rassembler, de me déstupéfier, je laisse un moment mousser ma boîte à idées, je m'évertue à  grincer de la pensarde pour tenter de me  remémorer mes activités pénultièmes, dont la donzelle serait le reliquat , où ais-je pu foiriner et partouzer ainsi de la sorte pour rapporter cette splendide gerce et l'exporter ainsi au pays de Morphée dans mon propre pageot. Comme je ne peux mater pour l'heure que son valseur , et son merveilleux gazon à brillantine qui lui obstrue une partie de la hotte à vendanges, et qu'elle doit pioncer  depuis des plombes, je ne peux même pas lui demander son blaze, il va falloir que je la tire du sirop en lui soufflant  éventuellement dans les portugaises, pour la mieux éveiller, mais ne pas trop la dépourver quand même, la pôvrette.

 Pour l'instant, c'est commak, tout émigre dans ma tête, tout part en sucette. Je me souviens vaguement que j'étais  hier avec l'Enflure (* surnom de Béru) pendant que sa Berthe était allée, avec son consentement,  se faire fourrager et tourtereller gratis par Félix, son meilleur pote,  et qu'on avait été d'abord vindhonneuriser chez les poulagas rapport à Mimile qu'arrosait sa lésion d'horreur, puis on est allés gambiller et raouter un peu du côté de Pigalle, on a sans doute éclusé , lichtgorné et culsecé plus d'un broc, sifflé plus d'une goduche, en nous  humectant copieusement le gosier ,  arraché la gorge avec un bon pitchegorne  pour se trouver dans un état pareil , c'est sûr, on devait être cointchés à mort pour ne plus avoir la moindre souvenance des faits.

 Va falloir tout de même qu'elle arrête de chiquer les marmottes et pense à se désensommeiller, la belle au bois dormant, et qu'elle se grouille à mettre les voiles, la greluche,  sinon c'est moi qui vais l'envoyer aux pelosses dare dare, je vais pas la garder comme ça toute la vie dans mon pieu, peuchère... Faut qu'elle entrave une bonne fois pour toutes que tout ceci n'est qu'un regrettable incident de parcours, et qu'elle doit regagner son boxif au plus vite si elle ne veut pas avoir d'ennuis avec la taulière. C'est sûr, je la regretterai, et je l'aurais bien bourrinée encore un peu, mais  j'ai du lapin sur la planche, moi, et si je veux toucher la pagouze à la fin du mois et me payer encore de bonnes sorties avec l'Enflure, faut qu'je file au turbin, non mais des fois !!

Allez, Blanche Neige, ramasse tes fafs et va te reloquer, moi je m'en vais me sabouler  itou . Sans rancune, et puis tiens, pour ta peine, voilà quelques biftons pour te siliconer la cage à serins ou te gonfler le moulin à jactance, si ça te fait plaisir. C'est au choix.

Allez, Bye, bye, beauté !

 

Par poudreurs d'escampette
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Samedi 19 juillet 2008

 

« Adèle,  arrête de faire le cochon pendu, c'est pas un jeu pour les filles qui mettent des robes. Adèle, s'il te plaît,  on voit  ta culotte et je peux même te dire qu'elle est trouée ! Allez viens, tout le monde te regarde, on rentre à la maison maintenant ! »

« ............ »

« Adèle, laisse les soldats de ton  frère, tu sais bien qu'il n'aime pas qu'on fasse cuire sa collection et puis je ne supporte pas l'odeur de plomb fondu de cette chambre ! »

« ........... »

« Adèle, qu'est-ce que tu as encore fabriqué, tu as déchiré les rideaux de ta chambre ? C'étaient peut-être des tapisseries fanées mais c'étaient des Gobelins authentiques, des pièces uniques et hors de prix ! T'as encore rêvé que t'étais une panthère, c'est ça ? »

« ...... »

Adèle, qu'est ce que c'est que toutes ces ratures sur ta rédaction, il y a du rouge partout. Elle a dû en passer du temps la maîtresse à corriger tout ça. Mais dis-moi ma petite fille, qu'est ce que ça veut dire « les oiseaux se collent en silence dans les régions boueuses ? » C'était un conte de fées, un vrai, qui finissait bien, que vous deviez écrire n'est ce pas ? Et là encore, un peu plus loin, qu'est-ce que tu racontes « le jet d'eau qui s'échappe et monte vers les autres couleurs efface les ressorts du cerveau » allez explique toi ?

« ........ »

« Ta princesse des étoiles, ton chevalier astral et ton régiment de boas constrictors qui dorment dans des cages de fourrure parfumées au gingembre, passent encore. Un conte de fée a ses propres règes d'écriture et d'illogisme mais là... là... regarde ! Oh, Adèle, c'est épouvantable ce que tu fais faire à tes personnages ! Astral ou pas, un chevalier digne de ce nom ne fait pas de choses pareilles « il cracha un jet acide mais qui ne brûlait pas et des lézards jaunis qui se liquéfiaient sortirent de la bouche sanguinolente de la princesse... Adèle tu te sens bien ? »

 

« Maman regarde, mes cheveux ont poussé !

 

« Heureusement que tes cheveux ont poussé, tu t'es tondu la tête la semaine dernière, tu as aussi rasé le chien et la moquette du salon, souviens-toi ! Adèle, qu'est-ce qui se passe ? Depuis que ton grand frère est revenu vivre à la maison, t'es plus la même. Ça ne t'a pas fait plaisir de le revoir ton Frankie ? Deux ans de remise de peine pour bonne conduite, sûr qu'ils me l'ont changé là-bas mon fils ! Tu sais, lui, il t'aime beaucoup. Quand il est parti, tu n'avais que six ans, tu en as dix maintenant mais pour Frankie t'es toujours un bébé. Il est toujours en train de te faire des petits cadeaux. Ça te fait plaisir au moins ? Faudrait  pas qu'il te gave de sucreries comme ça tout de même, c'est des mauvaises habitudes qu'il te donne ton frère. Il pense pas aux caries ni à l'obésité infantile, lui. Il est bien gentil Frankie mais il se rend pas compte ! Je vais lui dire d'arrêter de t'acheter ces cochonneries... »

 

« Non Maman, s'il te plait... Dis rien à Franckie ! Je sais bien qu'il fait tout ce qu'il peut pour me plaire, il est super mon grand frère mais tu sais, les sucreries, j'aime pas trop... Les roudoudous, les malabars et les chamallows,  me donnent mal au cœur, je les distribue à la récré. Mais la poudre, la poudre blanche qu'il m'apporte Frankie dans les petits sachets, alors ça, alors ça... c'est quelque chose... »

Par poudreurs d'escampette
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Jeudi 10 juillet 2008


En revenant de conduire la Princesse à l'école, j'ai entrepris un rangement méthodique de mon capharnaüm, afin de remettre la main sur cette photo. Après une demi-heure de vaine recherche, elle m'est apparue soudain, embusquée entre une facture EDF et le carnet de santé
de la Princesse.
Je la tenais enfin, ma photo de mariée en baskets rouges. Non, ce n'est pas le témoin d'un moment unique de ma vie, je ne me suis jamais mariée, mais un souvenir encore vivace d'une expérience mémorable.
Il nous faut bien vivre, la Princesse et moi, l'état d'intermittente du spectacle lambda, n'étant pas, surtout de nos jours, synonyme d'opulence. Je dois bien certaines fois, sacrifier l'art tel que je le conçois, à ce que j'appellerais l'alimentaire.
Déjà sept ans que j'ai plongé à corps perdu dans le théâtre, tutoyant les nuages au risque de tomber dans des trous d'air vertigineux.
Heureusement que ma Princesse est là, pour me ramener à la réalité : assurer quotidiennement notre subsistance et lui tricoter un foyer douillet et chaleureux. Je ne m'appartiens plus, enfin plus tout à fait, et j'en crève de bonheur : elle est ma perle, mon bijou, mon petit trésor sucré et ma raison de vivre... Elle fait la pluie et le beau temps dans mon coeur. Or il arriva qu'un jour, je dus faire fissa pour mettre du beurre dans nos épinards, façon de parler, car nous les détestions toutes les deux, les épinards.
La chasse au casting fut lancée une nouvelle fois. Une vraie course d'endurance pour triompher de la concurrence... Il convient de soigner le look qui tue, de cultiver une patience d'ange pour supporter les heures d'attente et d'entretenir une forme olympique et un moral d'acier. Il faut garder une estime de soi à toute épreuve, que ne pourront entamer ni les regards méprisants qui vous chosifient sur place, ni les commentaires acerbes et encore moins le persiflage des copines (on s'embrasse à tout bout de champs, mais on se déchire becs et ongles) ! Et puis, le moment venu, tout donner et se lancer à corps perdu dans l'arène ! Bien souvent j'y ai laissé des plumes et gagné des bleus à l'âme, mais cette fois-ci, c'était moi qui avais capté le regard du sergent-recruteur...
J'ai eu la chance d'être choisie pour m'incorporer à la docile glaise humaine que devait façonner le "Maître". En un mot, j'étais une des statues animées d'une des "performance-happening" de ce nouveau Dali, coqueluche actuelle de l'intelligentsia, qui fait les réputations dorées et génère les dollars qui vont avec. Le "Maître", habile plasticien excellait à choquer ses contemporains, parmi lesquels certains criaient au génie, et discouraient sur la fulgurance de l'inspiration du grand homme !
Cette fois, il s'en prenait à l'institution sacrée du mariage, pour dénoncer la condition faite aux femmes. Louable intention, qu'il entendait bien retourner à son avantage.
L'évènement avait lieu pendant une exposition consacrée à la femme dans l'art.
Des danseurs évoluaient parmi les mariées, sur des musiques syncopées choisies par les spectateurs, avec en toile de fond un mur d'images où se succédaient les figures contrastées de femmes de tous ages et de toutes conditions, souriantes ou en larmes, tristes ou sereines.
Nous figurions la femme dans tous ses états, prise au piège de l'homme dans les rets du mariage.
La première mariée, pure et innocente oiselle souriant aux anges dans sa robe immaculée et fleurie d'oranger, extasiée de bonheur, s'avançait vers des lendemains qui chantent.....
Mais la deuxième, agenouillée dans sa robe en lambeaux, frottant le parquet avec des morceaux de voile, avait perdu ses illusions et s'installait dans une vie morne toujours recommencée, femme de ménage et poule pondeuse...
La troisième, collier et chaîne au cou, en string blanc, le bouquet et le voile en berne, figurait tous les esclavages, les femmes mariées de force, asservies au bon vouloir et aux caprices de leur seigneur et maître.
Moi, j'étais la douleur, Notre-Dame des blessures, physiques et morales. Rouge sang mes baskets, mon voile, mon bouquet de roses, rouges les larmes qui coulaient de mes yeux charbonneux sur mes joues blafardes, après une heure de maquillage. Quand le Maître ordonna que je porte un coeur sanguinolent, j'ai craint le pire. Heureusement, c'était un gadget clignotant, en plastique vermillon, du plus bel effet.
La dernière, tout de noir vêtue, c'était la Veuve noire, l'araignée qui prenait dans sa toile son époux énamouré, pour une dernière étreinte dévorante, vengeant ainsi ses compagnes d'infortune.
Au bout de deux heures sous les regards méprisants, perplexes, amusés ou approbateurs des visiteurs, chacun y allant de son petit commentaire, je fus prise d'une envie irrépressible, que j'avais de plus en plus de mal à contenir. N'y tenant plus, relevant un côté de ma robe pour ne pas tomber, je quittai la scène à toute vitesse à la recherche de toilettes providentielles.
Quand je revins, le Maître était enchanté de ce qu'il appela ma révolte spontanée et libératoire. La femme se levait pour prendre en main sa destinée.
C'était le sens de son oeuvre, que j'avais si bien compris. Libératoire, certes, mon geste le fut, mais pas au sens où il l'entendait, aussi hypocritement, je me gardai bien de le contredire....
Voilà, la photo, c'est lui qui l'a prise au moment où je m'esquivais.
Plus tard il me l'a fait parvenir avec un mot de remerciements, m'invitant à retravailler avec lui, dès que possible. Il est cinq heures. La Princesse rentre de l'école avec la mère de Max, son "amoureux". La Princesse a cinq ans et elle est triste. La Princesse n'a pas de Papa et n'a rien pu dire quand la maîtresse a demandé à chacun de décrire le sien. C'est trop injuste, alors que tous les enfants en ont un, deux, voire trois ...
J'ai beau lui expliquer la situation, lui dire que ça arrive à d'autres petites filles, qu'elle comprendra mieux quand elle sera grande, elle en veut un tout de suite. D'ailleurs, elle a jeté son dévolu sur mon ami Douglas, qu'elle appelle désormais, avec son consentement, Papadou.
Il est urgent que nous partions quelques jours seules, la Princesse et moi, toutes affaires cessantes, pour raccommodage de coeur.
Mais hélas, on doit composer avec les implacables contingences matérielles, c'est pourquoi j'étais prête à mettre en l'air toute la maison, pour la retrouver, cette fameuse photo. Derrière il y a le numéro de téléphone et l'adresse du Maître.
J'ose à peine penser à la suite, mais je suis prête à tout...

 

Par poudreurs d'escampette
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