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Qui sommes nous ?


Les poudreurs d'escampette sont  des conteurs, des rêveurs,des plumes de talent ou des débutants, des fondus de mots qui partagent leur imaginaire en toute 
convivialité sur un atelier animé par Cath, pour écrire et échanger autour de deux propositions  mensuelles; ils vous y accueillent volontiers si vous partagez leur passion

 

Propositions en cours

 

 

P82  Connaissez-vous l’écriture mosaïque ?

Le chef d’œuvre du genre est le livre d’Hervé Letellier ; « Joconde jusqu’à 100 » Un suite de points de vue émanant de gens différents sur un même sujet.

 

Le sujet : un fait divers (que vous présenterez en une ligne comme une brève dans la presse)

Vous le ferez commenter par une succession de personnages ( autant qu’il vous plaira), témoins ou pas de la scène en question.que vous identifierez auparavant de quelques  mots

Exemple : Madame Duschmoll, concierge de l’immeuble devant lequel s’est passé l’accident

 

P83 Logo rallye

Un texte dans lequel seront intégrés les mots : babélisme, bizuter, blanc-seing, blockhaus, bouffonner, buriner, casher, cacochyme, caleçonnade, calembredaine, dahu, dialectique, difforme, facétieux, gauchiste

 

 

 

 

Publications

"la même longueur d'onde"
 recueil de nouvelles 2008
(Christophe Chom ant ed.)



"à fleurs de mots"
 recueil de nouvelles 2009
(collection privée.)


  

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Vendredi 3 octobre 2008

Il était une fois un garçon triste. Il ne savait pas lire. Il ne savait pas écrire. Il était triste. Sa maîtresse avait tenté de lui apprendre les lettres, les syllabes, les mots, à les former avec un crayon, à les déchiffrer, mais en vain. Elle était gentille sa maîtresse. Il l'aimait bien. Il aurait voulu lui faire plaisir, il aurait voulu qu'elle soit fière de lui. Il était triste. Il ne réussissait pas, malgré tous ses efforts, à pénétrer dans le monde écrit.

Il suivait le tracé des lignes, à l'encre ou à la craie, suivait les courbes, les boucles, les traits montants et descendants, leurs liaisons et enchevêtrements et finissait par s'y perdre. Les longs chemins sur fond blanc des pages ouvertes de tous les livres, il ne savait pas où ils menaient. Il les suivait un moment, puis s'égarait. Sa main maladroite ne parvenait à tracer sur les feuilles de papier que griffonnages et gribouillis, des pistes tortueuses dans l'espace blanc, des zigzags entrecroisés, où plus encore il se perdait. Il aurait voulu former des  droites parallèles à poursuivre loin, jusqu'au-delà des feuilles de papier.

Il était triste. Dans ses jeux quotidiens, il faisait des lignes, il suivait les sillons creusés dans les branches des arbres du jardin, les rainures dans les parquets du séjour, les rides sur la surface de l'eau ou celles ondulantes sur le front âgé de son grand-père. Les voies de chemin de fer le fascinaient, il avait demandé et on le lui avait offert, un grand train électrique. Assembler les rails, les disposer en un long itinéraire rectiligne lui donnait un grand plaisir.

Il entendait les voies, il ne s'y entendait pas dans les voix. Elles lui parlaient, les lignes ferroviaires au départ des gares qui mènent loin, dans les ailleurs inconnus. Ils lui disaient tant de choses extravagantes, les rubans d'asphalte des routes et des autoroutes, enroulés tout autour de la terre. Ils lui criaient le ciel, les longs panaches de traînées blanches, ces lettres démesurément longues écrites dans l'azur par les avions qui passent, plumes d'argent qui glissent vers l'horizon.

Quel long fil on obtiendrait, pensait-il, si l'on dénouait, si l'on dépliait, si l'on déroulait toutes les courbes et les boucles, tous les arrondis des lettres de l'alphabet, des lettres de tous les mots, de toutes les phrases, de tous les livres, quel long fil on tirerait d'ici jusqu'à l'autre bout de l'univers, jusque derrière les étoiles, de l'autre côté de la lune et du soleil.

Etendre l'a, étendre l'o, a long fil et fil de l'o.

Au fil des mots accrocher ses rêves, les suspendre sous le ciel bleu où défilent les caravelles qui laissent dans leur sillage de longs éphémères blancs pour dire les lointains, là-bas, vers des rivages au soleil jamais couchant, là-haut, dans les parages du firmament.

Il ne savait pas écrire, mais il pouvait décrire le fil que l'on accroche à la lune, en tirant sur les l, en tirant sur les n, qui fait la balançoire où l'on berce ses songes au clair des Moires.

Tant de fil pour coudre les horizons, pour tisser un univers, c'est coton les fibres des émois, c'est doux un monde à soie, tant de fil dans les lettres, tant de fil dans les mots.

Triste, il ne savait pas écrire, joyeux, il  pouvait décrire le grand lasso que l'on forge en dépliant les mots, cette corde pour capturer les anges qui passent, qui volent dans les silences et les solitudes lasses, et que l'on enferme derrière les barreaux de quadrillages sur ses cahiers pour leur faire des grimaces et des pieds de nez.

Sa maîtresse disait qu'il lui donnait du fil à retordre ; lui ne comprenait pas ; lui  pensait à redresser les traits, à tendre les fils qui lient les amitiés, qui passent d'une vie à l'autre, d'un monde à l'autre, et se mêlent au fil de l'horizon, lui marcheur funambule sur des filaments d'existence, souvent brisés.

Non, il ne comprenait pas pourquoi on le disait idiot, pourquoi on le disait simple d'esprit, pourquoi on le qualifiait avec mépris par le terme « demeuré ». Lui qui ne trouvait pourtant nulle place où demeurer, lui qui fuyait toujours sur le fil tendu qui porte jusqu'aux nuages.

Il pensait déplier les lettres, déplier le monde, et finalement s'était sur lui-même replié, recroquevillé comme une lettre, comme un a, fœtal,  refermé comme un o, dans un ovale.

Parfois, il donnait de la voie, lui, le garçon triste qui en un mot s'était enferré, pour se donner une ligne droite et prendre le train de la vie, mais tout en lui s'était recourbé. Désormais, tout était plié.

Un jour, il trouva une voix, très rapidement, il sut lire, il sut écrire. Comment ce dénouement se fit ? Nul jamais ne l'a su.

 

Par poudreurs d'escampette
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Mercredi 1 octobre 2008

          Chaque matin, après le passage de Janice, elle rassemblait ses forces pour poursuivre le voyage. Celui-ci débutait toujours après l'apparition d'un nuage. Elle scrutait avec attention la masse cotonneuse qui défilait pour trouver un point  de repère parmi les sphères d'ombre et de lumière. Elle devait parfois attendre de longues heures  car elle  vivait à présent sous des cieux toujours bleus de pays où jamais il ne pleut, comme dit la chanson.... Elle attendait,  paupières fermées,  pour protéger ses yeux fragiles du soleil matinal.

Il lui suffisait alors de sentir l'ombre parcourir son visage pour savoir que l'un d'entre eux était arrivé. Elle regardait alors, pour le plaisir,  cette promesse de pluie qui ne faisait que passer. Sa pensée en jachère s'accrochait alors au nuage pour remonter le cours du temps.

Peu à peu remontaient de l'abîme des odeurs de varech et de vent iodé. Elle entendait à nouveau le roulis des galets malmenés par la mer. Et derrière elle la falaise dressait enfin sa chair fragile et menaçante. Elle allait s'asseoir au bord des trous d'eau salée pour guetter le passage des  carapaces luisantes et remplir de minuscules coquillages son seau de plage. Elle recouvrait de galets le corps sans vie d'un fou de Bassan que la marée avait déposé à ses pieds. Une enfance d'embruns et de jeux solitaires remontait peu à peu à la surface  et ses souvenirs retrouvaient le mouvement tourmenté et jamais satisfait des vagues qui venaient se déchirer sur les étendues de chaos minéral que la falaise, en reculant, laissait derrière elle.

Certains jours, elle attendait désespérément devant un ciel vide.  Les images restaient tapies dans les plis de sa mémoire.

D'autres fois, Janice, craignant qu'elle ne prenne froid, fermait la fenêtre si le soleil avait disparu.

Elle n'avait plus alors qu'à pleurer....ultime souvenir humide ...  Mais, ça aussi, elle avait oublié.....   

Par poudreurs d'escampette
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Samedi 13 septembre 2008

La première fois que je me suis vengée, je n'y suis pas allée de main morte, ça non !
Mes actes n'ont pas trahi ma réputation de bazookeuse, de bulldozer !
Dès qu'il est sorti de chez lui et qu'il a traversé la rue pour monter dans sa caisse, j'ai appuyé sur le champignon de ma bagnole dont le moteur tournait au ralenti, je ne lui ai pas laisser le temps de se pousser et je l'ai renversé, le laissant s'éclater le crâne sur le trottoir.
Sproutch !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...
La première fois que je me suis vengée je n'avais pas envie de le tuer, non, juste de le blesser, de lui faire mal.

En fait j'avais coupé le moteur de ma voiture et j'attendais qu'il sorte, garée devant chez lui. J'avais pris un grand couteau de cuisine à la lame bien aiguisée. Dès qu'il a ouvert sa porte, j'ai bondi sur lui et je l'ai poignardé directement dans le ventre.
Vioups !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...
La première fois que je me suis vengée, je n'ai pas eu envie de lui faire mal ; j'ai eu envie de le salir.

En fait je ne souhaitais pas le croiser, alors j'ai sonné chez lui quand il était au boulot et qu'il n'y avait que ses enfants dans la maison un mercredi après midi ; ils m'ont ouvert bien sûr. J'ai demandé à récupérer mes affaires dans le tiroir de la commode de sa chambre ; j'ai sorti de mon sac à main une bombe de peinture et je me suis défoulée sur les murs, sur le sommier, le matelas et la couette, en taguant un nombre incalculable d'insultes à l'encre indélébile.
Tschack !

Non c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé...
La première fois que je me suis vengée je n'avais pas envie de le souiller mais de le faire chier tout simplement.Alors j'ai décidé de m'attaquer à sa bagnole et à l'aide de ma clé j'ai transformé ce tas de ferraille en zébre ! Plusieurs traits sur la carrosserie, bien profonds, faits méthodiquement de haut en bas.
Zioup !

Non c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...
La première fois que je me suis vengée, je n'ai pas eu envie de le faire chier, mais de l'humilier.Alors je lui ai déposé dans sa boite aux lettres une longue missive où je faisais la liste de tous ses défauts de tout ce que je lui reprochais  et il y en avait tant à dire, que ça m'a pris une quinzaine de pages ! Voilà il se prendrait ça en pleine poire le saligaud !
Bing !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...
La première fois que je me suis vengée, je n'avais pas envie de l'humilier mais de le faire réagir tout simplement.La première fois que je me suis vengée, c'était la nuit.
Il était trois heures quarante cinq.
Une insomnie s'était pointée, la conne,
J'avais des crampes dans l'estomac.
Je respirais avec difficulté.
Ma gorge était bloquée.
J'avais l'impression de suffoquer, de m'enfoncer dans un gouffre, de tomber, tomber, tomber, tomber...
Je pleurais ; et je n'ai rien réussi à faire d'autre que de décrocher le téléphone pour le réveiller.
J'ai fait sonner cinq coups.
Puis j'ai raccroché.
Quelques minutes après j'ai encore fait sonner  cinq coups pour le faire sortir du pieu où il dormait avec ma remplaçante.

Et puis ...
J'aurai pu faire ça toute la nuit ...
Toutes les nuits ...
Mais ...Je me suis fait pitié et comme je n'aime pas me faire pitié, j'ai décidé tout autre chose.

La première fois que je suis vengée en fait, c'est simple, j'ai choisi le calme peut-être pour la première fois de ma vie.
J'ai envoyé un mail de deux lignes qui disait en substance que je le remerciais pour sa proposition d'aide de bricolage mais que j'allais me débrouiller autrement !

La première fois que je me suis vengée, je n'ai rien fait.
J'ai choisi la paix et je me suis sentie grandir, grandir, grandir ... ziouppppppppppp ... en retrouvant ma dignité et ma sérénité.

Par poudreurs d'escampette
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Mardi 2 septembre 2008

        Le petit Léo était assis sur les gravats, à jouer avec ce qu’il trouvait parmi les déchets : cailloux, ferrailles et bouts de ficelle. D’ailleurs, ici, il n’y avait que des détritus en tous genres. Au sol, des plaques de béton disjointes et fendues en de multiples endroits avaient permis à quelques brins d’herbe d’y reprendre leur droit ; tout ressemblait à une friche industrielle sans intérêt. Seul Léo se trouvait bien à être ici. Pourtant le quartier n’était pas aussi désert que cela. De l’autre côté du mur, on entendait des bruits ! Toute la journée, ce n’était que brouhaha… comme dans une cour d’école. Des gens parlaient, d’autres hurlaient. Des pleurs se faisaient même entendre, quelquefois.

            Léo avait bien essayé du haut de son mètre trente de voir entre les parpaings. Il avait amené tant bien que mal une grosse pierre près du mur et était monté dessus, mais impossible de voir quoi que ce soit ! Il n’était même pas parvenu à la hauteur de la rangée de parpaings. Faute de voir, il avait bien essayé d’écouter ce qui se disait de l’autre côté, mais n’avait pas tout compris à cause de la cacophonie des conversations. Il avait même cru déceler que certaines personnes ne parlaient pas français.

            À ses questionnements, ses parents avaient parlé de prison. Des voisins avaient dit : rétention. Il connaissait à peine ces mots et, ce qu’ils pouvaient signifier vraiment. Il n’en savait au juste rien du tout et, ce qui l’intriguait le plus était de ne pas savoir. C’est pour cela qu’il était attentif à cette vieille femme qui malgré les patrouilles de police, était en train de se crever les yeux à regarder par les fissures des parpaings disjoints.

            Tous les jours, il la voyait venir et au même endroit, regarder à travers le mur. Il avait même cru l’autre jour qu’elle avait crié un nom. Il ne se rappelait plus lequel ! Ensuite elle avait attendu et se donnant une claque sur les hanches comme pour exprimer son dépit, elle était repartie, disparaissant rapidement au coin de la rue. Il se disait que demain il la reverrait, comme il l’avait vue depuis plusieurs jours déjà, toujours habillée pareillement avec son chapeau, son manteau défraîchi et son air triste.

            Pendant ce temps, il rassemblait ses bouts de cordes et essayait de les nouer les uns aux autres – il n’en faut pas beaucoup quelque fois pour occuper un enfant – encore que là, Léo semblait avoir une idée derrière la tête. Voir cette vieille femme triste venir inlassablement tous les jours rôder près de ce mur lui laissa penser qu’elle essayait de rentrer en contact avec des gens de l’autre côté, qu’elle devait en connaître… peut-être, des parents proches !... Il se rappela que les premières fois, elle était venue avec un sac à provision plein, mais depuis plusieurs jours, peut-être à cause des nombreuses patrouilles, elle arrivait les mains vides, comme sans espoir. Voulait-elle toujours faire passer quelque chose de l’autre côté ? Léo, s’affairait à rallonger sa corde, centimètre après centimètre. Il avait calculé qu’il lui en faudrait au moins six mètres, s’il voulait que la corde atteigne l’autre côté. Il n’était pas rendu au bout de ses peines !...

            Plusieurs jours s’écoulèrent encore, et, malgré les rondes fréquentes la vieille femme arriva comme à son habitude, dans son vieux manteau où Léo aperçu pour la première fois, « il ne l’avait jamais vue d’aussi près », peut-être aussi parce qu’elle l’avait cousue sous le revers du col : une étoile jaune. Elle s’était accoutumée à la présence de l’enfant, en ce lieu et ne fut pas effarouchée lorsqu’il lui montra la corde et lui fit comprendre qu’avec on pouvait peut-être envoyer quelque chose de l’autre côté.

La vieille femme recouvra un timide sourire, promettant de revenir tout de suite avec ce qu’il fallait.

            À ce moment là, il était le milieu de l’après-midi et en attendant son retour, il rabouta encore  sa corde, se disant que plus il y en aura, mieux ce sera, mais la vieille dame ne revint pas et la nuit arriva.

            Il ne la revit plus, les jours et les semaines passant le silence de l’autre côté du mur revint au fur et à mesure que les occupants étaient évacués par wagons entiers vers les ténèbres.

 

Par poudreurs d'escampette
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Dimanche 24 août 2008

Ma chère Lucile,
Je t'écris cette lettre que je ne t'enverrai jamais bien sûr. Tu imagines la  tête du facteur s' il devait livrer un courrier comme ça, à une telle adresse : Lucile Grangin - Columbarium du cimetière - 69880 - Gayne !Pourtant je vais l'écrire cette lettre sans destinataire... je vais te parler à toi l'absente, à toi qui n'as jamais vécu et qui tiens tellement de place. A toi qui as partagé neuf mois avec moi et qui m'a abandonnée au dernier moment. Tu n'aurais pas pu te dépêcher un peu, non ? Tu imagines tout ce que ça aurait changé ?Depuis ce fameux jour je grandis sans toi et avec toi. Je n'ai pas pu me défaire de ta présence, et tu me suis partout comme une ombre. Tu es souvent toute entière dans cette impression de manque qui me réveille la nuit à la recherche d'une chaleur, qui me fait me retourner partout, sur tout, qui m'amène à toucher, palper ce qui m'entoure. J'ai l'impression d'un vide immense. Ce vide que tu as laissé je le retrouve dans ma vie quand je suis incapable de faire face au vide et que j'éprouve un vertige d'une violence incontrôlable.Et eux ? Ils attendaient deux filles et ils ne se sont pas très bien résolus à n'en avoir qu'une seule. Je me suis souvent dit, qu'ils auraient peut être préféré que ce fût l'autre qui résiste à l'épreuve. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé de satisfaire leurs attentes, je t'assure.Dés le début, ils ont pensé résoudre un élément du problème en me faisant porter une partie de ce que tu aurais dû être. Je t'explique : tu devais t'appeler Lucile et moi Aude. Dans la déclaration de décès, tu es bien Lucile. Mais moi, d'Aude, je suis devenue Odile, comme « Aud-ile ». Un bout  de moi et un bout de toi ! Ils m'ont expliqué ça quelques années après. Et tu sais quoi ? Ils étaient très fiers de leur trouvaille !Pour tout te dire, je vois dans leurs yeux les moments où ils aimeraient  bien que ma partie «Aud » laisse de la place à ce qu'ils imaginent de la  partie " ile"... J'entends tellement de regrets dans leurs reproches. Et moi, j'ai l'impression de puer la mort.Je vais te donner un exemple : je ne suis pas très physique et comme je te l'ai dit, j'ai le vertige. Quand ils m'ont emmenée, pour mes débuts en ski, sur ce télésiège, je devais avoir six ans. Et face à tout ce vide, je n'ai rien pu faire d'autre que sauter. Résultats de la prestation : une jambe et un bras cassés, un poignet foulé, une épaule luxée et une entorse au pied.J'ai vu dans leur regard qu'ils étaient sûrs d'une chose: c'est que toi, Lucile, si tu avais vécu, tu serais devenue championne de ski, d'escalade, de marche en montagne, de natation... la meilleure dans tout ce que je n'aime pas !Je ne veux pas complètement noircir le tableau, je sais qu'ils aiment beaucoup de choses en moi , le sérieux, le travail entre autres... mais ils regrettent tellement tout ce que tu aurais été !Allez ma Lucile, je vais te laisser à tes « colombes »... J'ai longtemps cru que ces petites cases étaient destinées aux colombes ! J'aimerais t'embrasser ma Lucile.
Aud-ile

Par poudreurs d'escampette
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Vendredi 15 août 2008

La première fois j'ai suivi la coutume, la tradition, refusant de céder à l'originalité. J'avais déjà la réputation de ne pas faire comme les autres. Je n'allais pas me faire remarquer  au moment de la séparation. De plus à cette époque,  ces pratiques  n'étaient pas la mode. Surtout, il y avait  les instances religieuses  qui vous jetaient des œillades de travers en vous prédisant les pires horreurs ; tortures et flammes éternelles de la Géhenne. 

C'était la première fois, je ne connaissais rien,  je savais seulement qu'on devait redevenir poussières.  Je ne savais pas trop comment  m'y prendre, alors j'ai laissé faire. Je suis toujours portée sur une certaine passivité.  On ne peut pas avoir que des qualités.  J'ai fait confiance. Dans ma précipitation habituelle, j'ai omis de demander  précisions et conditions. Erreur fatale ! J'ai dû attendre de longues années, immobile, à l'étroit, confinée entre quatre planches. L'absence d'atmosphère et de lumière décuple la durée de la transformation. Vous ne pouvez pas imaginer la longueur de l'attente.  Elle ne se compte pas en heures, ni en années. Une vie n'y suffit pas. Une éternité. Je dis et je répète : jamais plus ça. Jamais plus je ne passerai ma mort en patience.

  La poussière ! Quelle poussière ! Qui est entré sans essuyer la semelle de ses chaussures ? Regardez-moi ça, il y en a partout !

 C'est ma belle fille qui ronchonne. Elle n'aime pas la poussière. Hélas quand je me lève la nuit, quand  je me promène à petites enjambées dans la maison, forcément je laisse des traces.

 Dès l'aube, balayette et pelle en mains, Béatrice  ramasse les saletés,  comme elle dit. Et hop par la fenêtre. Elle choisit toujours cette heure  matinale ou la brise qui pourrait  rabattre les fines particules  dans la pièce, n'est pas encore levée. Ca m'arrange.

 Et je me marre. Ne croyez  pas que je n'aime pas ma belle fille. Elle est charmante, elle élève bien ses fillettes, prend soin de sa moitié,  s'occupe fort bien de moi, cuisine à merveille.  L'épouse parfaite, des qualités, que des qualités sauf cette TOC : tendance obsessionnelle compulsive : la poussière. Elle  a une sainte horreur de la poussière. Plus qu'une  maniaquerie,  une phobie. C'est plus fort qu'elle. Et ça m'arrange.

 Tout de même,  elle s'interroge.  Ces mésaventures  récentes, dans les quatre/ cinq semaines, l'inquiètent. Elle a soupçonné la baby-sitter  de fumer. Car à bien y regarder cette poussière  a l'apparence de la cendre.  Même finesse, même couleur.  Elle  a suspecté Minette, jusqu'à cette  fois où la chatte  a laissé l'empreinte de sa patte  dans la poussière, tout près de la porcelaine de Mamimi (c'est ainsi qu'elle m'appelle). Personne n'aurait eu l'idée saugrenue de marcher sur la commode de  grand-mère. Elle s'est mise à faire des rondes de nuit. C'est ainsi qu'elle a découvert  ....la boîte à malice  (façon de parler) la cruche  aux roses (guère mieux) .  Non, c'est trop fort, la maison est hantée.  Elle ne dira rien on la prendrait pour une folle. Elle remet les choses en place, essuie la poussière. Secoue le chiffon par la fenêtre. Ca m'arrange !

 Pauvre petite. Aussi extraordinaire que ça puisse paraître, la coupable c'est moi. Mais enfin qu'attend-elle, la famille  pour  respecter mes dernières volontés ? Pâques ou la Trinité ? Etre ensemble, faire de cette journée une fête. Oui, mais moi, la nomade, moi qui ne supporte pas les portes closes, pas même les grilles, je dois  attendre, consignée dans cette  urne fermée à la super glu. Enfin pas complètement  bouchée, grâce  à l'aide  précieuse de Minette.

 Mais je me disperse. Revenons à cette première fois où j'ai laissé faire. Plus jamais ça. !

Alors cette fois, forte de mon expérience passée, j'ai sollicité une accélération de procédure.  J'ai voulu brûler les étapes. J'aime tellement  la vie. Mais qu'attendent-ils pour me libérer ? Faudra-t-il que nuit après nuit ... Ah ! Béatrice  je place  ma destinée entre tes mains avec  l'espérance de passer ma mort en voyage.

 

 

Par poudreurs d'escampette
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