faire la visite en musique ?

Qui sommes nous ?


Les poudreurs d'escampette sont  des conteurs, des rêveurs,des plumes de talent ou des débutants, des fondus de mots qui partagent leur imaginaire en toute 
convivialité sur un atelier animé par Cath, pour écrire et échanger autour de deux propositions  mensuelles; ils vous y accueillent volontiers si vous partagez leur passion

 

Propositions en cours

 

 

P82  Connaissez-vous l’écriture mosaïque ?

Le chef d’œuvre du genre est le livre d’Hervé Letellier ; « Joconde jusqu’à 100 » Un suite de points de vue émanant de gens différents sur un même sujet.

 

Le sujet : un fait divers (que vous présenterez en une ligne comme une brève dans la presse)

Vous le ferez commenter par une succession de personnages ( autant qu’il vous plaira), témoins ou pas de la scène en question.que vous identifierez auparavant de quelques  mots

Exemple : Madame Duschmoll, concierge de l’immeuble devant lequel s’est passé l’accident

 

P83 Logo rallye

Un texte dans lequel seront intégrés les mots : babélisme, bizuter, blanc-seing, blockhaus, bouffonner, buriner, casher, cacochyme, caleçonnade, calembredaine, dahu, dialectique, difforme, facétieux, gauchiste

 

 

 

 

Publications

"la même longueur d'onde"
 recueil de nouvelles 2008
(Christophe Chom ant ed.)



"à fleurs de mots"
 recueil de nouvelles 2009
(collection privée.)


  

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Mardi 23 décembre 2008

        Cette première fois, je m'y étais préparée durant les longues semaines de la saison froide. Une fois par semaine je me rendais à la piscine pour deux à trois heures de natation intense : brasse coulée sur vingt longueurs, apnée chronométrée, nage avec palmes puis nombreuses simulations avec tenue complète et bouteilles...

 

Deux saisons plus tard j'étais fin prête... mais angoissée quand même lorsque je posais la main sur la rambarde de l'embarcation qui devait nous mener vers la Baie des Sirènes entre Hendaye sur la côte française et Fontarabie sur la côte espagnole. Nous étions déjà en Mai, l'atmosphère était presque estivale bien que l'eau fût encore un peu fraîche. La mer était si verte, si sombre, qu'elle me paraissait prête à me happer et me garder dans ses profondeurs abyssales.

 

La rade de la Floride s'éloignait de nous, l'appréhension montait à chaque minute qui me rapprochait de l'occasion tant attendue...Sur la passerelle, on commençait à s'agiter... nous étions arrivées et les premières palanquées se formaient déjà, prêtes à plonger dans la grande bleue. Pour nous, les deux débutantes, il s'agissait d'une première et nous allions bénéficier d'une disposition particulière : d'abord descendre vers une embarcation gonflable, plus petite et surtout moins haute ce qui simplifierait la mise à l'eau ; et puis une monitrice brevetée nous accompagnerait dans cette première découverte qui aurait lieu tout près de la côte espagnole, dans une petite anse calme aux eaux turquoises et à la faune bariolée...

 

Revêtir ma tenue de plongée fût une épreuve, j'étouffais, je me sentais oppressée, j'en trouvais l'odeur abominable mêlée aux effluves d'huile brûlée de l'embarcation qui maintenant, à l'ancre, était ballottée par la houle. Je sentais la sueur couler sur mes paupières, j'avais du mal à respirer, comprimée que j'étais par cette mâchoire élastique qui me revêtait de la tête jusqu'aux extrémités... Ainsi harnachée, chaussée de mes longues palmes, les bouteilles sur mes épaules, descendre jusqu'à l'embarcation gonflable ne fût pas plus aisé, mais une fois installée, assise à hauteur de la surface, la mer me parût enfin moins impressionnante. Je pris un peu d'eau dans mes mains en coquille et m'en aspergeait abondamment, j'en fis couler aussi, tant bien que mal,  dans l'échancrure de ma tenue pour abaisser un peu ma température intérieure... Je frissonnais, mais j'étais sûre que ça n'était pas dû à la froidure... J'avais peur...

 

Une petite accélération de la barreuse nous emportât jusqu'à l'anse aux Roussettes, l'envie le disputait à la crainte mais l'excitation finit par l'emporter. Je me laissais enfin glisser avec délectation dans une eau transparente et tempérée et lorsque, immergée complètement, je pris conscience de tout ce qui s'offrait à moi  alentour j'en fût tout simplement émerveillée.

 

Oubliée la force d'attraction qui nous enchaîne à la terre ! J'avais des ailes et me déplaçais sans peine de découverte en découverte. J'étais en apesanteur, flottant entre la surface, quelques têtes au-dessus de moi, et cette prairie sableuse que je pouvais toucher de ma main et où fleurissaient de magnifiques anémones roses, bleues et vertes et d'étranges gorgones rouges ou violettes. Une baliste me frôla avec indifférence, deux corbines curieuses se firent entendre en frottant l'une sur l'autre les pierres situées dans leur tête au-dessus des branchies, une murène agressive sortit de sa tanière, vigilante, voire menaçante, me forçant à m'éloigner doucement. Je m'attardais à toucher quelques coquilles nacrées, à suivre à la trace une seiche rose bleutée, à jouer à décrocher  une étoile de mer écarlate... J'étais entrée tout d'un coup dans une autre dimension silencieuse et colorée qui déclenchait quelque part en moi une réminiscence obscure et délicieuse...

 

Une rumeur sourde et rythmée nous signalait que l'embarcation, gardienne de notre sécurité, tournait au-dessus de nous et suivait nos bulles pour nous cueillir dès notre sortie de l'eau... mais pour l'heure, non vraiment, je ne pensais pas à la fin de la balade, j'en goûtais toutes les subtiles délicatesses et cette rengaine à peine perceptible m'en évoquait une autre, entendue des décennies auparavant, dans une autre vie, intra-utérine ... une évidence qui me vint comme une voile se déchire dans la tempête...

 

J'étais à des lieues de là, emportée par une vague de sensations multiples, longtemps oubliées mais si familières, bercée, enveloppée d'une douceur imparable, hors d'atteinte, protégée... en extase !

 

Il fallut presque m'extirper de l'eau tant je m'y trouvais bien et lorsque ma tête émergea à la surface, entre force et fragilité, je poussais une exclamation primale qui contenait à la fois la jubilation liée à cette aventure et la rage de devoir quitter les entrailles de cette mer(e) accueillante et protectrice...

 

Durant toutes ces années et même après ma deux centième j'ai toujours revécu cette immersion totale de la même manière : sublime et émerveillée et toujours ressenti avec une angoisse profonde la remontée en surface et les retrouvailles avec la terre ferme.
photoBenoit Beshard

Par poudreurs d'escampette
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Lundi 24 novembre 2008

                  Ce matin-là, Madame Irma, l'extra-lucide de fête foraine, avait investigué les oracles, dans sa roulotte et dans sa boule de Pyrex. Le message était trop subliminal pour être hyper précis, une histoire d'orbites et de nain jaune ou de pendule, mais l'avenir de Gégé était là. Irma était formelle. Il fera un métier d'ambidextre qui se pratique avec les deux pieds : pom-pom girl, tambour major... « Et pis hop ! on envoille eul' bâton ».  Un métier prestigieux par l'uniforme, où on crie « gauche ! gauche ! » en bagotant, alors que non, il faudrait l'alternance pour être vraiment ambidextre des deux pieds et ne pas oublier la droite. Ou « une, deux ! »,  plus latéralisant mais moins orienté, question de choix. Jupette flottante, ou kilt ; casque à pointe ou à faubert poilu comme on en voit dans les revues de mode de l'Antiquité et sur les publicités Océdar ; ou sans pointe ni poils, avec des œillères sur les oreilles, façon heaume de gladiateur. Ou facteur en képi. Ou zouave : pour le faire, et pour le sabre. Ou moine. Moine, ça lui plairait bien à Gégé cependant il ne sait pas trop ce que ça fait comme boulot, à part bouffer, un moine, nu pied, en bure, sur un âne d'Epinal, comme dans Robin des Bois.

Ça lui avait coûté cher, l'auscultation de sa destinée : le prix de six jetons d'auto-tampons ou l'équivalent de trois tours de grand huit, au prix exorbitant de trois pour six euros les cinq tours, et même quatre, parce qu'il parvenait toujours à tirer la queue du singe qui donne droit à une partie gratuite. Gégé avait cassé le nourrain en soupirant. Au moins avait-il obtenu des indications bien plus précises que celles du conseil scolaire d'orientation qui ne lui voyait aucun avenir. « Ça ne m'étonne pas. Tous des feignasses les fonctionnaires, surtout les maîtresses d'écoles. Eh ! Alle z'ont plus de vacances que de boulot, chuis sûre, si j'compte... » la Môman de Gégé avait hurlé son désarroi, définitivement révoltée qu'on ne reconnaisse pas à leur juste hauteur les dispositions du rejeton.

 « Y paraîtrait que j's'rais orienté très tôt » avait enchéri Gégé pour se vanter. Et du coup, sous l'effet de l'orgueil retrouvé, la daronne s'était mise à gazouiller avec un trop plein de borborygmes dégoulinant d'admiration... « Avant les z'ôtes ? Bin tu vois bin, mon gamin... on n'peut pas êt' mauvais partout... » Le corps enseignant regagnait deux points d'estime dans le sondage d'opinion unipersonnel de la matrone.

à l'école ça n'avait pas été le même miel. Dès qu'il eût dit à Mademoiselle Thibaud qu'il serait centurion ou facteur, elle n'avait pu s'empêcher d'ajouter, les yeux ronds,  « ou garde-barrière ! ou cow-boy, enfin... gardien de vaches, quoi ! »... Mam'selle Thibaud, c'était sa maîtresse à Gégé. Elle lui crachouillait des postillons chuintants sur le cahier du jour. Des fois jusqu'à quarante, pendant la dictée : presqu'autant que de fautes. Le cancre les encerclait consciencieusement à l'encre violette. « Oui, ce sont de nobles métiers » avait-elle ajouté, sardonique et glavioteuse, non sans lui rappeler qu'il lui fallait d'abord passer son certif de fin d'études primaires... ce qui, selon elle, tiendrait de l'exploit.

Ce en quoi, à la réflexion, Gégé était un peu d'accord, surtout quand il recomptait les cadavres de postillons qui séchaient sur sa dictée. Mais il allait régler ça dare-dare. Il voulait un métier - un vrai - sans participe passé, ou alors récupérer ses tours de manège.

Elle chantonnait « Gondolier » avec des trémolos dans l'imaginaire « il chantaiaiaiait la barcaroooolleu, tsoin, tsoin... » quand Gégé débarqua pour lui demander des comptes.  Irma la douce ne voulut pas en démordre. Oui, il aurait un métier ambidextre. Non, la boule de cristal n'avait pas eu de ratés. Non, il n'y avait pas eu d'éclipse pendant la lecture. Oui, c'était un peu cher, mais c'est le tarif syndical. Et puis, les dictées, les dictées, faut pas exagérer et se laisser berlurer, les dictées c'est pas une science exacte. La preuve, elle ! Irma, elle ne sait pas lire sauf dans le marc de café... et sur les billets de banque : les chiffres. Et elle s'en est pas si mal tirée... « Tiens regarde un peu... elle attaque la visite panoramique du home avec un regard en traveling ému et sucré, une belle roulotte, un chouette paddock avec édredon d'oie, un superbe coin fricot, la télé avec cent-vingt chaines, le rocking-chair qui va bien pour dormir devant, enfin, tout... Voilà ! » Elle avait prononcé un « Voilà ! » d'évidence, allusif, comblé, spirituel et satisfait, comme si elle était interviewée à la télé dans une émission culturelle de prime time : « Voilà !... je veux dire... » Et pourtant elle ne sait pas lire. « Alors, tu vois ! »

Gégé n'avait pas vraiment compris ce que ce Voilà !-ci disait et il s'en tapait. Il lui fallait un avenir d'urgence, un métier qui fait bouilloter la marmite, ou alors récupérer ses économies... « Dites, M'dame Irma, vot'boule, alle m'aurait pas vu en garde-barrière ou en cow-boy à chapeau mou, des fois... ? »

- Allez, assis-toi, mon p'tit, j'vas t'faire une partie gratuite. Aux tarots... On va quand même pas t'laisser au chômage ! Assis-toi, ch'te dis ! »

Gégé, perplexe, s'est rassis. Un métier ! Sûr ! Fallait bien remettre les pendules à leur place... mais tout était donc à refaire.

 

Par poudreurs d'escampette
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Mardi 18 novembre 2008

        Je suis la reine des premières fois . Il y a quelques années, j'ai fait une virée en Provence, certaines copines doivent encore rire de mes tenues extravagantes... Je ne vous parlerai pas de ma première fois en caravane ni de ma présentation pour la Noël de l'année dernière, je l'ai déjà fait. Là c'est une autre première fois qui ne donne pas encore de nostalgie, mon escapade en Suisse. Je crois que c'est la première fois que je m'évade hors de la France mais on pourrait m'appeler Elsa Meir, j'oublie tant de choses. La dernière partie de ma progéniture m'a invitée voir comment elle vivait là-bas. Chargée comme une bourrique, je me pointe à la gare de Caen, destination Lausanne. Après deux heures qui ont filé très vite grâce à ma lecture de nouvelles, je me retrouve dans les voies souterraines qui me donne toujours la frousse d'ailleurs, hier, la frousse a été capitale... Je me suis perdue malgré ma connaissance de la ligne quatorze, la seule que je connaisse, eh oui ! La sueur qui me coulait le long des joues, les entrailles qui se nouaient, j'étais très proche de la syncope ... cela continue, il y en a parmi vous qui savent de quoi je parle... Je suis montée dans une micheline à grande vitesse mais pour cela, il m'a fallu marcher le long des voies jusqu'à la voiture dix -huit. Quatre heures de route, avec une impatience de plus en plus grande. Arrivée à ma destination, il m'a fallu me débrouiller seule... La chair de ma chair travaillait. J'ai demandé à la première piétonne venue la piste à suivre. Je n'ai pas tout compris de ce qu'elle m'a racontée mais j'ai entendu monter, puis descendre. J'ai monté une sacré pente, mes jambes s'en souviennent encore . Il faut dire que je les ai beaucoup sollicitées toutes ces journées, vous ne pouvez pas savoir. Ce sont des compotes. La sonnerie sonne et c'est une voix très connue qui se décide à m'aider avec une nouvelle technologie dont je n'arrive toujours pas à maîtriser  les touches et parler. Je préfère la toile. Ayant  aperçu sa chevelure blonde tant chérie, je me précipite vers elle. Là elle m'annonce que l'on rentrera sans voiture, plus économique. Une lieue que j'ai faite encore pour arriver à son habitation : une petite chambre très calme. Lorsque les feuilles sont tombées, on a une jolie vue sur des croix et des tombes, sérénité à perpétuité... La nuit est venue, puis la lune s'étant couchée depuis quelque heures, je me lève et pars de nouveau seule pour la même raison que la veille. Là, j'ai décidé de prendre les rames. J'ai voulu payer mais n'ayant pas de monnaie de la région, j'ai resquillé, et là aussi c'est une première ; je n'en suis pas fière et promets de ne plus recommencer mais ce n'est pas de ma faute, personne n'en avait non plus. Cela aussi est une première et aussi une dernière, j'ai eu trop la frousse de me prendre une amende malgré la bonne épaule d'une gentille portugaise... Lausanne est très jolie mais trop clinquante de richesse. L'architecture y est lourde de fioritures. On m'a raconté que beaucoup de Porches  et des Ferrari circulent mais je n'en ai pas vu, il faut dire aussi que je ne sais absolument pas comment elles sont, vu que je n'en ai pas, et je m'en moque ... La suisse est balnéaire malgré qu'il n'y ait pas la mer, mais des vedettes voguent à bonne allure sur une grande étendue d'eau. Devinez ce que c'est car je ne peux pas dire la vraie signification, j'écris qu'avec des phrases féminines... Enfin j'essaie. Difficile pour moi de raconter la suite, la langue française a plus de locutions  masculines... Je ne vous dévoilerai que les églises, les banques, la cathédrale qui sont de toute beauté et pour le prouver, je vous dépose celle de la cathédrale , vue d'une passerelle... Ce n'est qu'une petite histoire presque vraie qui vous donnera je l'espère, une risette à la terminaison .

Par poudreurs d'escampette
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Dimanche 26 octobre 2008

Dans le métro, en tutu blanc, sans veste, sans rien, elle n'a pas froid et les hommes à ses côtés   font semblant de rien. Ma parole, ils ont l'air de ne pas la voir ! L'organza blanc frotte pourtant le tweed de leur veste. Elle est jolie pourtant, sexy,  ils devraient la remarquer ! Mais non, plongés dans leurs journaux, ils ne voient rien, ils n'entendent rien et ne disent rien.  Bien sûr : « business, business !  Le reste,  on ne connaît pas !

La pauvre danseuse en tutu blanc, elle en fait des efforts pour qu'on la remarque mais raté ! 9.00, ce n'est pas l'heure. Un  streep-tease ne leur ferait pas plus d'effet. On parle des voyeurs, des obsédés, des maniaques de tout poil ; mais aujourd'hui, ce n'est pas le jour des déviances. Lundi 15 janvier, 9.00 du matin, ligne 1 du métro entre Maillot et Etoile, température 8 °,  aucun maniaque sexuel à l'horizon ! RAS, tant mieux !

 Une jolie femme est assise en tutu, là, dans le métro et personne ne s'étonne. On ne lui jette même pas un coup d'œil. Ils sont tous aveugles, immergés dans leur Wall Street Journal, l'œil fixé sur les sommets de la Bourse !

Elle a fait un pari avec des copains. « Je sortirai en tutu blanc sur la ligne 1, le matin,  entre La Défense et Etoile ». « Chiche ! » lui a-t-on répondu.  Elle va gagner le jack pot, sans coup férir !  Destination Louvre non plutôt Etoile puis  le RER pour Opéra. Il faudra qu'elle change. On l'attend à l'arrivée ! Le tutu va s'abîmer ! Le tulle d'organza, c'est fragile ! Elle l'a loué peut être !

Un déguisement ? Mais ce n'est pas Mardi-Gras. En France, Carnaval c'est le mardi,  pas un lundi et encore moins en janvier. Elle ne serait pas seule, d'ailleurs ! Ils seraient plusieurs, tous déguisés. Non, ce n'est pas un déguisement et elle aurait un manteau !

Elle doit geler, je ne la vois pas frissonner ; elle est stoïque, imperturbable ! Elle me donne la chair de poule.

Ou bien ils sont tous de mèche dans la rame et jouent à caméra cachée. On me filme et je dois avoir l'air bête,  un peu ahuri. Je ne vois pas la caméra et personne ne s'adresse à moi. C'est peut être "Surprise ! Surprise " mais plus loin et sans moi. J'espère qu'on me préviendra si je passe à la télé.

 Elle se lève, elle va descendre à Etoile. Ensuite Opéra par le RER, j'avais raison ! Les autres ne bougent pas, enfin quelques-uns uns mais pas ses voisins !

Je ne vais pas la suivre  tout de même,  je ne saurai jamais le fin mot de l'histoire.

Actrice, danseuse ou bal masqué ? Un film ? Un défi à la timidité ?

Elle n'a pas de pointes, juste des ballerines blanches et de très jolies jambes ! Elle n'a pas froid après tout elle est peut-être habituée ; les théâtres, ce n'est jamais très chauffé !

Si je raconte  que j'ai rencontré une fille en tutu blanc dans le métro,  à mon âge, on va appeler le SAMU. La pauvre, elle décarroge ! Elle perd la tête ! La sénilité, ça vient impromptu et ça s'installe ! On me dit toujours que je fais jeune  mais là ....

 Je n'ai jamais vu de jeune fille en tutu blanc dans le métro.   Compris ! Vous m'entendez bien : jamais ! Ja ...mais  

Et vous ? Vous  l'avez vue ?  La fille .... ?  Non ? Alors, vous non plus ? On est bien d'accord : nous n'avons jamais vu de jolie jeune fille, rat de l'Opéra en tutu blanc dans le métro. Vous voyez,  je ne suis pas encore sénile ! C'est pourtant vrai que je ne fais pas mon âge : 80 ans,  juste quelques rhumatismes mais toute ma tête ! Un tutu blanc   dans le métro,  c'est bon pour la télé et pour les films !!!!

Aves Marcelline Dumont, ça ne prend pas ! Non mais !

Par poudreurs d'escampette
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Mercredi 15 octobre 2008

                  Rien ne me plaisait davantage que d'assister ma grand-mère en cuisine, car tout en me montrant les gestes du métier, elle me racontait des histoires, m'apprenant mille détails de la vie animale et végétale dont j'étais fort friand. Et souvent, elle acceptait que je participe à l'élaboration même de ses préparations.
Je me souviens plus particulièrement de la confection des cannellonis frais, mis à sécher comme une mosaïque de carrés de pâte blonde sur fond de torchon à carreaux rouges, qu'on farcissait ensuite en les roulant avec mille précautions, Mais ce que je préférais par-dessus tout c'était la préparation de la volaille.J'adorais la voir parer et vider la poule « de grain »  qu'elle réservait chez la fermière une semaine à l'avance pour le repas dominical.Lorsqu'elle déballait la bestiole de son papier journal, sur la toile cirée de la table, je tirais la chaise haute  paillée qui se trouvait derrière la porte de la cuisine et je m'installais, juste assez surélevé pour être aux premières loges.

Grand-mère inspectait d'abord la bestiole sous tous ses angles, la tenant par la tête et les pattes pour vérifier qu'elle avait été parfaitement plumée, qu'il ne restait point de « chicots », les canons des plus grosses plumes. Elle allait ensuite la « bucler »à la flamme du réchaud à gaz en insistant sur le bout des ailes  et le bas des pattes pour éliminer toutes les parties cornées dures, tout en faisant très attention de ne pas brûler la peau. J'aimais l'odeur forte et entêtante qui se dégageait à ce moment.
 Cette opération terminée, commençait le dépeçage proprement dit, moment que j'attendais toujours avec la même impatience renouvelée.
- Et maintenant ma poulette, on va voir ce que tu as dans le ventre !
La poule était posée sur une planche de bois épaisse et Grand-mère, tranchait les pattes onglées à la dernière jointure, les mettant de côté, fendait la peau du cou pour  la dégager totalement, et sectionnait le cou au ras de la colonne.
Alors seulement  commençait l'investigation intérieure...
Elle dégageait et retirait l'œsophage - tu vois celui là de tube, le blanc et mou, c'est celui par lequel passent les graines que  mangent les poules -  puis la trachée - l'autre que tu vois derrière il est articulé,  plus rigide, Touche tu verras, celui- là c'est pour l'air, il va jusqu'aux poumons -  et enfin le jabot dans lequel elle trouvait parfois des restes  de végétaux qu'elle n'omettait pas d'identifier s'assurant de la bonne nourriture qu'avait reçue la bête.
Je regardais fasciné et sans aucun dégoût, ses doigts gluants de graisse et de sucs, tachés de sang, dans lesquels s'enroulaient les serpentins des tubes, que j'effleurais d'un doigt circonspect pour en apprécier la différence de texture.
S'essuyant les mains sur un chiffon propre, elle revenait à l'attaque, enfonçant l'index à l'intérieur de la cage thoracique, elle raclait ensuite les côtes pour décoller le cœur et les poumons qu'elle posait à part avec les pattes jaunes.
 Je pensais, pendant qu'elle fourrageait le thorax de l'animal, à ses doigts « de sorcière », particularité physique qu'elle avait développée à force d'entraînements incessants pendant sa petite enfance et notamment selon ses dires, pendant les heures de classe. Cela se résumait à pouvoir plier la première phalange (la phalangette ) de tous les doigts des deux mains, et à soixante dix ans, elle était encore tout à fait capable de le faire, fière de montrer à ses petits enfants comment elle faisait peur à ses camarades d'école en leur faisant « les doigts de sorcière ».
Nous restions stupéfaits de cette performance, personne n'ayant hérité de cette faculté.
 Puis prenant l'animal par l'autre bout, elle prélevait une partie de graisse sur le dessus du croupion, et en agrandissait l'ouverture de manière à y introduire la main entière et, avec les doigts en crochet, décollait  les viscères de l'abdomen et les dégageait en les retirant doucement.
- Tu tires sur le gésier et tout vient avec normalement, Voilà! Tiens le gésier, les boyaux et le foie.
Pour chaque organe extirpé, elle avait un mot d'explication ou  une anecdote.
- Regarde sur le foie, il y a une petite poche verte, allongée, il faut la soulever délicatement pour la décoller, c'est du fiel, de la bile, si jamais on déchire cette poche en retirant le foie, cela donnerait un très mauvais goût amer et la viande. serait gâchée.
- Ça se mange?
- Evidemment que ça se mange et puis ça aussi!
Puis elle fendait le gésier en deux, muscle rose et gris  épais et strié pour en nettoyer l'intérieur, me faisant remarquer la présence de menus graviers « que la poule avale tout exprès pour aider à la digestion, ça remplace un peu les dents ! Car les poules n'ont pas de dents tu le sais ? »
Et la leçon continuait...
- Pourquoi est ce qu'on dit «quand les poules auront des dents» grand-mère?
- Eh bien justement, ça veut dire jamais, grand dadais, puisque les poules n'auront jamais de dents!
 Sur la planche, la poulette était devenue rachitique et nue, le ventre mou béait sur un vide absolu, alors que sur la toile cirée, tous les « intérieurs » s'étalaient en masses, roses, pourpres et brunes, denses ou  molles, en serpentins de chair transparente et morceaux découpés, tête et pattes accolées dans une énigmatique emblème.
Comment tout cela pouvait-il tenir  dans ce squelette minuscule ?
C'était pour moi une question insoluble.
Déjà grand-mère rinçait la carcasse à l'eau courante, je ne pus m'empêcher de lui demander :
- Et les pattes?
- Ah! oui, les pattes, je te montre encore une fois, regarde bien
A la coupure nette de la patte, elle soulevait un peu la peau dure et cornée du bord, de la pointe du couteau et dégageait l'extrémité d'une fibre blanche, aplatie    - ça c'est le nerf, tu l'attrapes et tu tires, tiens tire ! ... Plus fort!
Et ravi, je saisissais « le nerf » entre les ongles et tirais jusqu'à ce que les trois doigts de peau épaisse s'ouvrent en triangle, je le relâchais et les doigts se refermaient, je réitérais le geste, encore et encore. Encore une fois, les doigts crochus comme ceux d'une sorcière s'ouvrirent et se refermèrent...
Je faisais bouger les doigts d'une poule morte ! Je disparus en courant emportant  l'objet convoité,  me promettant de faire peur à tous les petits qui jouaient au jardin et de faire rire les plus grands.

Par poudreurs d'escampette
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Lundi 13 octobre 2008


Pendant 42 ans, au 37 Boulevard Haussman, deuxième étage, je suis restée accroché au mur de la salle à manger, en face de la porte, bien centré au dessus de la table.

J'ai assisté à toutes les réceptions et autres cérémonies de la maison. Je me rappelle en détails les menus des repas de baptêmes, de communions, de fiançailles, de mariages des trois filles de la maison. J'ai accueilli les regards des invités, j'ai tenu mon rôle d'oeuvre, j'ai reçu les éloges des visiteurs. J'ai aussi entendu ces dernières années que d'aucuns me traitaient de vieille croûte.

A chaque décès d'un de mes éléments on pleurait et on commentait le génie du peintre qui avait si bien su traduire le caractère du défunt. Quand l'oncle Marius était mort d'une « tumeur des sinus montée au cerveau », on a admis que l'artiste était un visionnaire.

J'ai subi avec plaisir le coup de plumeau hebdomadaire et le regard toujours caressant de Madame. J'ai eu tellement pitié d'elle quand elle admirait son tour de taille d'alors et qu'elle gémissait sur son embonpoint du moment..

J'ai écouté les secrets échangés, j'ai perçu les médisances et les méchancetés, j'ai participé à ma façon à la comédie sociale. J'ai repéré les mauvaises langues, les perfides, les traîtres. J'ai souri aux commentaires des enfants et des petits enfants.

J'ai été le témoin silencieux de confidences, de baisers volés, de caresse furtives.

J'ai vu Monsieur chatouiller toutes les bonnes qui sont passées dans la maison et trousser régulièrement Ninon quand Madame était chez sa mère.

Pourtant, je peux le dire : quand elle m'a accroché là, cette jeune mariée était vraiment heureuse d'installer dans son tout nouveau chez elle ce qu'elle appelait « le plus beau jour de sa vie ». Elle a eu tôt fait de déchanter la malheureuse ! Mais je vous épargnerai les détails.

Madame est décédée il y a cinq jours et a été enterrée aujourd'hui. J'ai encore été le spectateur du repas qui a suivi les funérailles. C'est la première fois que j'y prends si peu de plaisir.

Maintenant, ses trois filles accompagnées de leur mari font l'inventaire des valeurs de la maison en attendant le rendez-vous avec le notaire. Chacune souhaite m'emmener dans son chez elle et aucun mari ne me veut.

Je ressens une vive inquiétude quant à mon avenir.

Par poudreurs d'escampette
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