faire la visite en musique ?

Qui sommes nous ?


Les poudreurs d'escampette sont  des conteurs, des rêveurs,des plumes de talent ou des débutants, des fondus de mots qui partagent leur imaginaire en toute 
convivialité sur un atelier animé par Cath, pour écrire et échanger autour de deux propositions  mensuelles; ils vous y accueillent volontiers si vous partagez leur passion

 

Propositions en cours

 

P 84

S’asseoir sur une chaise plutôt que sur un tabouret est, d’après Eric Chevillard,  le début de l’aliénation.

 

Comme lui, faites-nous partager une réflexion aussi profonde que métaphysique et farfelue née du rapport complexe que vous entretenez avec un objet de votre environnement.

 

P 85 a  Sur l’écran noir….

Choisissez 3 mots dans cette liste incomplète  et écrivez pour chacun un texte (long ou court) qui parlera du  film que vous êtes en train de tourner

 

Atmosphère, bande-annonce, casting, contrechamp, décor, figurants, synopsis,  intrigue, rush, montage, réplique, road-movie, séquence, casting, clap, flash-back, trucage, extérieurs, micro, scénario, jeune premier, star…..

 

 

 

 

 

Publications

"la même longueur d'onde"
 recueil de nouvelles 2008
(Christophe Chom ant ed.)



"à fleurs de mots"
 recueil de nouvelles 2009
(collection privée.)


  

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Vendredi 13 novembre 2009

Le Précieux ridicule ou les Fourberies de carabins - Danièle -


 Ceci se passait, à Paris, au temps de ma jeunesse, où je fréquentais une bande de joyeux drilles, la plupart étudiants en médecine. Un jour, Vincent, un thésard souffreteux de la Fac de Lettres, qui s’était immiscé au sein de notre groupe de copains, s’embarqua, à peine arrivé, dans une dialectique spécieuse qui sembla ne pas convaincre grand monde et même en indisposer beaucoup. Dans des envolées grotesques, il lançait des phrases comme « Cessons ce babélisme insupportable, mettons-nous à l’espéranto! » ou bien « Faisons sauter les blockhaus de la pensée réactionnaire ».  

 

 En l’absence du philosophe retenu, avait-il écrit, par des obligations familiales, notre prochaine fête nous donna l’occasion, de nous lâcher à son sujet. Tous y allaient de leurs talents d’imitateurs ou de leurs traits d’esprit pour le caricaturer en paroles.

 Marc, en particulier, le facétieux Marc, rêvait de prendre l’animal dans ses filets. « Que diriez-vous de bizuter ce gauchiste cacochyme ? », nous proposa-t-il, en employant délibérément un langage ampoulé à la manière de sa future victime. L’idée ne me souriait pas d’envoyer ce pédant à quelque chasse au dahu, bien que je fusse persuadée qu’il méritait une bonne leçon. C’était compter sans l’aptitude de Marc à bouffonner avec panache. Il poursuivit : « que diriez-vous de l’inviter à aller voir avec nous au théâtre une horrible caleçonnade, de pouffer grassement à chaque calembredaine et de nous répandre en éloges sur le spectacle à la sortie ? Pourquoi pas l’entraîner ensuite manger casher rue des Rosiers ?  Ne croyez-vous pas que ce serait un moyen élégant de nous débarrasser de lui ? »

 La proposition fut longuement discutée. Pour les uns, il n’était pas question de l’éloigner, mais seulement de lui faire comprendre que sa façon de s’exprimer péchait par manque de simplicité, en d’autres mots que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et qu’il devait renoncer à jouer les précieux ridicules. D’ailleurs, l’un de nous suggéra de l’emmener voir la pièce de Molière, à quoi les autres répondirent qu’il ne se sentirait pas concerné par cette affectation, attribuée par l’auteur à des femmes. Pour les autres, la perspective de mystifier l’importun l’emporta, d’autant qu’aucune conséquence grave ne risquait d’en découler. Finalement, Marc obtint notre blanc-seing à tous pour mettre en œuvre la plaisanterie avec suffisamment de subtilité pour que Vincent ne soupçonnât rien.

 Au jour et à l’heure convenus, nous étions tous en tenue de soirée dans le hall du théâtre. J’ignore encore comment Marc s’était arrangé pour que Vincent fût là lui aussi et, qui plus est, ne se doutât point du genre de comédie à laquelle nous allions assister et encore moins de celle que nous lui avions préparée nous-mêmes. Je n’oublierai jamais son air ahuri, lorsqu’il nous aperçut tous endimanchés, alors qu’il portait un jean délavé, pas plus que son visage rendu difforme par la panique, au fur et à mesure que les répliques fusaient sur la scène et nos rires dans la salle.

 Sur le trottoir, il s’éclipsa rapidement après avoir balbutié une excuse quelconque pour éviter la nourriture casher, ou bien était-ce pour échapper à notre stupidité ? Nous n’eûmes pas de réponse à cette question, car nous ne le revîmes jamais, enfin du moins en chair et en os. Toutefois, son buste, tête longue émaciée, trône dans mon salon, buriné par notre ami sculpteur que j’ai fini par épouser, et me donne aujourd’hui encore mauvaise conscience.    

 

P83 Logo rallye

Un texte dans lequel seront intégrés les mots : babélisme, bizuter, blanc-seing, blockhaus, bouffonner, buriner, casher, cacochyme, caleçonnade, calembredaine, dahu, dialectique, difforme, facétieux, gauchiste

 

Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 17 octobre 2009

 La minute de hurlements  -Marc-

Ils s’étaient réunis autour de la vitre brisée, les yeux embués, la voix tremblante.
Comme d’habitude, la grande Jeanne prit les choses en main. Jeanne n’était pas une bavarde, elle connaissait le poids des mots qui parlent pour dire. Quelques phrases lui suffirent pour retracer le chagrin d’une vie en cul-de-sac.
Malgré le travail de l’équipe de nettoyage, plusieurs taches brunes ombraient le bitume. C’était triste à en grincer des dents.

« Ton geste ne restera pas muet, conclut Jeanne en étouffant un sanglot. Nous nous battrons pour qu’il résonne encore et encore. Pas au nom de la vengeance. La justice n’est pas une vengeance ».
Elle se tut pendant quelques secondes, comme pour donner plus de relief au mot « vengeance ». Chacun l’approuva d’un fragile mouvement de la tête.

« Et maintenant, reprit Jeanne, je propose une minute de silence ».

Une seconde tomba, puis deux, puis dix, semblables à des grains de sable noyés dans le désert du souvenir.
Vingt secondes s’écoulèrent, puis trente.
tournés vers le trottoirs, les yeux crispés pour ne plus voir la tache, cent visages ne fixaient plus que le regret muet.
Mais un menton se releva. Quelqu’un lança.

— Pourquoi le silence ? Je veux des cris, des pleurs, des grognem ents. Je veux une minute de bruit ! Une minute de hurlements, un jour, un an, un siècle !

Cent mentons se relevèrent à leur tour.
Cent bouches s’ouvrirent.


rappel de la proposition

P 80  Une Minute de silence…

 

 

         Commémoration…Temps mesuré d'un silence contre  temps  incalculable des pensées qui occupent l'esprit au cours de cette durée.  Croisement d'un silence extérieur imposé, et d'un bruit intérieur qui habituellement ne s'entend pas… Humour ou gravité, à vous de choisir pour raconter

 votre minute de silence

 
Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 20 septembre 2009

Paronymo  P78  -Louis-

Il est notoire, depuis des lustres, belle lurette et quelques piges très sonnantes, que Pépin Duvergerdumasdulac est un homo. Pas gay, non, mais luron, oui, sans aucun doute, et même zigoto, un vrai roger-bontemps. Mais voilà : une attraction paronymique exacerbée peu banale anime la locution de Pépin, en même temps qu'un strabisme divergent prononcé rend le personnage un peu louche. Ce n'est pas sans conséquences sur sa conduite, jugée parfois surprenante. Nul ne s'étonnera donc qu'il ait élu résidence dans la ville de Nîmes, lui si fortement atteint d'homonymie.

Pépin, bien sûr, aime les chats, ces animaux familiers hautement totémiques et symboliques. Il passe le plus fou de son temps à tenter de faire passer ses chats par le chas d'une aiguille, comme d'autres cherchent à faire passer un chameau par le trou de la même aiguille. Mais Pépin le sait qu'un chat n'est qu'un chameau. Il aimerait se confectionner un couvre-chef, un grand chapeau aussi large qu'un parapluie pour se protéger de toutes les tuiles et de tous les os guignolants qui régulièrement lui tombent sur la tête. Un grippeminaud par-ci, un raminagrobis par-chas, et le tour serait joué : une protection hors pair assurée contre toutes les infortunes, et les fils du destin noués pour ne plus laisser passer le moindre avaro, la plus petite avanie, le plus infime accroc. Pépin est homme à vouloir forcer l'impossible, le réduire à la dimension d'un trou de souris. Il voudrait en découdre avec la fatalité.

Pépin ne quitte ses chats que pour son bureau, et ne quitte son bureau que pour prendre « l'aire », comme il dit, pour trouver les surfaces, terrains sans revêtement goudronné, bitumé ou macadamisé. Va-t-en-terre résolu, il aime les sols naturels. Là, pieds nus, au contact rude des chemins terreux et pierreux, ou dans l'intimité de la glèbe, là, dans l'élémentaire, il sait se faire taire, et, sans un mot, en silence, communier avec elle, avec la terre. À l'écoute de la musique des sillons qui rainurent les sols en labours, de la mélodie du vent qu'accompagne la philharmonie des herbes dans les prairies, l'émotion l'envahit, les champs le ravissent et l'enchantent de leur chant de terre, la terre immense, vivante, la terre mère. Dans une extase terrienne autant que  solaire, il se sent alors renaître, il sent de nouvelles forces vitales lui redonner la puissance d'éclore à nouveau, d'affronter encore tous les obstacles dans un élan de l'existence en terre à l'assaut du ciel, il sent en lui la sourde germination, alors vient le temps convulsif, créatif, prodigieusement paroxystique, et de sa poche jaillit un stylo plume qu'il lève bien haut, en un geste solennel, hyperbolique et magnifique. Avec un grand rire, il le tend très haut pour griffonner les nuages, et la nuée des feuilles blanches surgies d'une sacoche en bandoulière.

 

Il court sur le chemin de terre, s'interrompt, et, avant de reprendre  sa course, s'épanche sur papier blanc à poursuivre le grand dessein, le projet sublime, le plan de la très haute, de l'immense, de la très belle ziggourat qu'il construira bientôt de ses propres mains, bientôt il posera la première pierre, dans son jardin. Son dessein se fait croquis, dessin, esquisse qu'il précisera méticuleusement à son retour, dans son bureau.

Il s'allonge parfois de longs moments sur le doux humus du sol, contemple, immobile, la course des nuages et trace sur papier blanc ses pensées qu'il prononce à mi-mots. A mi-mots, il songe à toutes ces momies qu'il placera dans la haute tour néo-babylonienne, aux hiéroglyphes à tracer pour l'éternité, mots mis sur pierre pour la postérité, il songe aux terrasses multiples qui s'étageront jusqu'à frôler le ciel.

Il s'assoit parfois de longs moments sur une souche d'arbre, et se représente la machine qu'il placera au sommet de la ziggourat, sous l'arche aux sortilèges, la machine à tout coller, à tout unifier, tout ce qui est brisé, éclaté, rompu, tout ce qui cassé, fissuré, disloqué, tout ce qui est partagé, tiraillé, écartelé.

 

Quand Pépin a évoqué son projet, hier, devant quelques connaissances, on l'a qualifié de nouveau facteur Cheval. L'idée lui a beaucoup plu. Désormais il va s'atteler à la tâche, et chaque jour, fidèle au poste, et chaque nuit à la lueur de sa lampe frontale, il œuvrera, tenace, persévérant, à l'accomplissement de l'édifice aux murs de pierres et de rêves, de mots et de songes.

 

Rappel de la proposition 78    « Un personnage : peut-être le début d’un roman…. »

C’est une proposition « fil rouge » qui va se prolonger sur plusieurs séquences

Cette P78 va être pour vous, le début d’une série de textes, peut-être l’amorce d’un court roman..

Comme Flaubert avec Emma Bovary, Vous allez devoir créer « un personnage ».

Dans cette proposition qui n’est qu’une première approche, vous vous contenterez de le faire découvrir au lecteur.  Un portrait placé un décor,  en quelque sorte.

Faites-le aussi précis que possible car vous devrez, par la suite, si vous le souhaiter,  prolonger cette première approche, et la confronter à d’autres pour  mettre en scène votre personnage dans une histoire.

 

Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 31 juillet 2009

P76  Mémoire vive

 

 « Milena s’agenouilla en apercevant les lacets défaits de l’enfant. Une main énergique lui attrapa le bras pour interrompre le geste.

-- Laissez, ça n’est pas à vous de faire cela.

Elle sursauta,  se retourna,  mais ne reconnut pas tout de suite le docteur Devers. Il portait une barbe de quelques jours qui donnait à son visage une gravité inhabituelle. Ses cheveux, trempés de pluie, barraient le front de courbes noires et luisantes. Il avait remplacé son habituel duffel-coat noir par un blouson de cuir fauve. Il sourit à la jeune femme et lui dit :

-- Cet enfant a besoin de comprendre ce qu’il est en droit d’attendre de vous. Si vous faîtes tout et n’importe quoi, il ne saura jamais comment il doit se comporter avec vous. N’oubliez pas quelle est son histoire et d’où il vient. Milena se mit à rougir et murmura comme pour elle seule

-- J’aurais dû y penser. Pourtant cela n’avait pas l’air de le déranger…

Mais le Docteur ne l’écoutait déjà plus. Il s’était assis  près du jeune garçon et commençait à dénouer un à un les lacets de ses propres chaussures. L’enfant ne le quittait pas des yeux, l’air soupçonneux et le regard fuyant. De temps en temps il fixait avec étonnement ses baskets dénouées, les frappait l’une contre l’autre et reposait les pieds sur le sol comme si ceux-ci lui étaient totalement étrangers. Une étrange fascination  se lisait dans son regard sans que l’on sache si c’était l’homme ou sa gestuelle qui créait cette soudaine attirance. Milena trouva entre ces deux là une curieuse ressemblance, aussi fugitive qu’aurait pu l’être une parenté non assumée. Elle estima qu’il était plus raisonnable de garder cette impression pour elle seule. C’est à ce moment que le garçon leva les yeux sur elle, comme s’il semblait seulement la découvrir. Elle reconnut immédiatement le regard sauvage et plein d’effroi qu’elle avait surpris en ouvrant la porte du cagibi du couple Martin où Kevin, enfant placé dans cette famille d’accueil, semblait passer le plus clair de son temps. Une lettre anonyme déposée un matin avec la pile de courrier quotidienne qui l’avait alertée. Elle avait d’abord hésité à prêter attention à ces quelques lignes de calomnies mais son expérience de travailleuse sociale lui avait appris à vérifier ce genre d’informations. Elle s’était  rendue chez les Martin en se demandant quel prétexte elle allait trouver pour faire intrusion dans leur vie privée.. Comme d’habitude, sa capacité à se sortir des situations les plus rocambolesques l’avait aidée à aller jusqu’au bout de sa curiosité et c’est ainsi qu’elle avait libéré l’enfant des griffes de ses geôliers. Il ne lui en fut pas reconnaissant pour autant et au lieu de se précipiter vers elle quand elle le découvrit dans le cagibi, il se recroquevilla un peu plus comme pour signifier que sa place était ici et qu’il suppliait qu’on l’y laissât . Elle en fut mortifiée mais ne laissa rien paraître.L’enfant fut immédiatement emmené à l’hôpital pour des examens et le couple mis en garde à vue. Elle retourna  à son bureau faire le compte-rendu de son horrible découverte. La perspective de devoir retranscrire sur papier quelque chose qui relevait pour elle de l’émotion pure n’était pas fait pour la réjouir. Elle se consola momentanémentt en se disant que le calvaire de cet enfant avait cessé grâce à son intervention. Elle souhaita très fort que le journal local ne s’empare pas de l’affaire et qu’elle ne retrouve pas à la une demain matin le récit douteux de cette horreur au quotidien. Heureusement la presse avait pour le moment d’autres chats à fouetter avec les dégât causés par les intempéries dans la région et les voitures emportées par la coulée de boue qui avait inondée et coupée une partie de la route.. Elle avait passé au moins deux heures à rédiger le rapport. Elle était distraite, le regard de loup pris au piège que l’enfant avait posé sur elle l’obsédait. Tout en cherchant des mots qui ne venaient pas, elle se demandait si elle avait eu avec lui, les gestes qu’il fallait. Elle peinait tant qu’elle eut même recours au dictionnaire des synonymes du net pour trouver un mot susceptible de remplacer le terme de « séquestré ». Captif, claustré, emprisonné, isolé, incarcéré, autant de suggestions pour dire l’abominable de cette histoire d’enfantr. Elle s’aperçut qu’elle n’avait retenu que peu de choses de l’appartement où elle était entrée. Juste quelques détails : du linge qui trempait dans l’évier, la porte du congélateur restée ouverte et la poubelle qui débordait.. Le reste des pièces, excepté le cagibi, disparaissait dans le brouillard de ses souvenirs Elle pleura de dégoût et remis au directeur une page d’indignations qui ne lui conviendrait certainement pas. Elle n’avait qu’une idée : retrouver le petit prisonnier.

Maintenant qu’elle était en face de lui , observant le savoir faire du docteur, elle se sentit étrangement démunie, incapable d’ajuster à la situation un comportement adapté. A force de se défendre de l’empathie , elle ne savait plus que faire. Elle préféra les laisser se débrouiller tous les deux. Elle sortit en ce demandant ce que deviendrait l’enfant à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Resterait-il marqué à jamais par cette ignominie au point de ne jamais accéder à une quelconque sérénité. Elle avait lu bien des choses sur la résilience mais devant ce cas précis, elle se prit à douter de la mise en application des ces généreux principes. Deviendrait-il étranger à lui-même comme le jardinier mythomane, employé de la ville, qui entretenait les espaces verts alentours. Il lui avait un jour  confié quelques lourds secrets  qui ressemblaient de loin en loin à l’épouvantable expérience  de Kévin. »

 

Louise décida de faire une pause dans la lecture de son manuscrit «  Mémoire vive » et leva les yeux vers son  auditoire  Sachant qu’aucun tonnerre d’applaudissements ne viendrait ponctuer ce récit, elle se décida à poser quelques questions pour rompre le silence pesant qui s’installait.

 

Cath

 

Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 17 juillet 2009

Même les plus belles histoires ont une fin .  – Skoss -

 - Petit chaperon rouge, j'ai acheté des douceurs que tu iras porter à ta grand mère.
- Mais m'man, j'ai prévu aut'chose. J'dois aller à la piscine avec Fifi Brindacier et Boucle d'Or.
- Comment peux-tu être aussi ingrate, ta grand-mère qui te gâte tant, tu pourrais être un peu plus reconn....
- Ça va, ça va, j'y vais ! Dis, tu peux m'passer une carte de bus ?
- Il fait très beau aujourd'hui. Marcher te fera le plus grand bien, toi qui passes des heures devant ta console.
Enervée, le petit chaperon rouge met le pot de beurre Président et les galettes Saint Michel dans un panier tout en râlant.
- J'pars, m'man. J'ai pris une glace pour manger en chemin.
- Et tu as encore laissé le congélateur ouvert. Je t'ai dit cent fois de bien le refermer.
- OK, OK, la prochaine fois j'ferai attention. En bas de l'immeuble, elle rencontre ses copines.
- Y'a un blème pour c't'aprème. Ma mère veut que j'porte ça à Mémé. J'ai bien dû lui obéir car ce soir, quand Papa s'ra rentré, j'ai l'intention de leur demander dix euros pour aller au ciné avec vous demain. J'voudrais voir un remake
trop gore : "massacre à la tronçonneuse" qu'ça s'appelle. Mais c'est pas gagné.
Tout en suçant sa glace, le petit chaperon rouge se met en chemin. Quand elle arrive au square abandonné, en bas de la rue, quelques enfants s'agitent autour d'une petite en pleurs.
- Alors les marmots, qu'est-ce qui s'passe ici ?
- C'est l'amère Michèle qui a perdu son chat.
- Y s'rait pas tout noir, par hasard ?
- Ben oui, comment t'as trouvé ?
- Regardez là-haut bande de nases, sur la branche, j'le vois et puis j'l'entends même miauler.
N'écoutant que son bon cœur, le petit chaperon rouge grimpe au-dessus d'un peuplier, non s'en s'être égratigné bras et jambes dans le buisson de ronces entourant le pied de l'arbre. Triomphante, elle rend le chat à Michèle sous un tonnerre d'applaudissements des petits, ébahis. Elle poursuit son chemin tout en grognant après sa mère qui a gâché tous
ses projets. Elle passe devant la maison de monsieur Lelou, tout occupé à désherber ses carrés de légumes. Quand la fillette arrive à sa hauteur, il l'aborde mielleusement.
- Petit chaperon rouge, derrière les troènes j'ai de magnifiques fraises rouges et juteuses. Entre et nous irons les cueillir ensemble.
- Non mais, espèce de jardinier mythomane et pédophile, t'as vu ta tronche ? Si tu crois que j'vais gober tes boniments, c'est dans tes rêves. Tes fraises, tu peux t'les mettre où j'pense, et puis c'est même plus la saison. Alors pas question de goûter au p'tit chaperon rouge tout cru. Et s'il y a un coup de téléphone anonyme à la police pour raconter tes cochonneries, tu s'ras pas étonné.
Le petit chaperon rouge poursuit sa route non sans avoir donné quelques coups de pied rageurs dans les dahlias qui fleurissent devant chez monsieur Lelou. Chemin faisant, elle aperçoit Gonthier qui traverse la rue.
- Bonjour petit chaperon rouge, je peux t'aider à porter ton panier ?
- Salut. Tu m'prends pour qui ? J'suis capable de porter mes affaires toute seule.
- Je disais ça pour être gentil avec toi. Tu es si mignonne, je voudrais bien être ton ami. Et puis en classe, on m'a dit que tu étais amoureuse moi.
- T'es ouf ! J'peux pas blairer l’genre p'tit garçon à sa maman. De quoi t'as l'air avec tes chaussettes bien tirées, tes vêt'ments bien r'passés et tes ch'veux bien peignés ? C'que tu fais chochotte. Tu sors d'un conte de fées ou j'me trompe. J’aime les mecs, les vrais. Et puis Gonthier avec un blase pareil, j'serais à ta place, j'me f'rais tout p'tit et j'irais pas embêter des gens qui n'te d'mandent rien. Barre toi d'mon herbe, c'est clair ou tu
veux qu'j’sorte mon dictionnaire des synonymes ?
- Mais, petit chaperon rouge...
- Ya pas de p'tit chap'ron rouge qui tienne. T'en veux encore ? Casse toi tu pues, et marche à l'ombre.
Encore plus courroucée par cette rencontre, la fillette ne voit pas qu'elle a les lacets défaits et s'étale dans une coulée de boue qui s'était produite sur le trottoir, suite à des travaux de voirie.
- Merde alors ! Mes converses blanches toutes neuves. J'ai pas fini d'en entendre !
Sur ces entrefaites, elle arrive exaspérée devant la maison de sa grand-mère. Elle tire la chevillette et la bonbinette

choit. Son aïeule apparaît en chemise hawaîenne, bermuda blanc, nus-pieds dorés, lunettes
de soleil et cheveux oxygénés.
- Bonjour mon enfant. Je ne te serre pas dans mes bras. J'ai mon vernis à ongles qui sèche.
- Salut Mémé !
- D'abord ne m'appelle pas Mémé, j'ai horreur de cela, ce que c'est vieux jeu. Appelle moi grand-mère.
- Grand-mère que tu as de grandes mains, de grands pieds, une grande bouche et de grandes oreilles. Comment tes parents y t'ont fait ?
- Tout ce que tu dis est en rapport avec ma taille. N'oublie pas que je mesure 1 mètre 80. Sinon la chirurgie esthétique, c'est pas fait pour les chiens.
-Tiens, j't'ai apporté un p'tit pot de beurre et des galettes.
- Montre moi. Ah, mais je ne prends plus que du beurre bio et j'aime mieux les galettes Bonne Maman, naturellement.
- Alors ça, sous des prétextes de tradition familiale, à huit ans on m' fait traverser la moitié de la ville à pied, j'rencontre un sale bonhomme, j'suis embêtée par une espèce de débile, j'salis toutes mes chaussures, j'm'ruine les abattis pour attraper un chat pourri et c'est tout c'que tu trouves à m’dire ?
- Calme-toi mon petit, je vais t'offrir une grenadine.
- Nan, j'en veux pas. La prochaine fois, tu sors ta SLK décapotable ou mieux, tu prends le bus, ça s'ra plus écolo, tu vas au supermarché et tes commissions, tu t'les fais toi-même ! J'rends mon tablier ou plutôt
mon capuchon. J'en ai marre de traîner un truc aussi nul ! Et puis, j'ai horreur du rouge !

Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mercredi 8 juillet 2009

Sud

Sud  - Roseline, Mireille/ Nomade -

Ici, près de la fournaise du Vésuve, la terre se fait noire, délicieusement brune, plus brune que nature. Le sol crisse parfois sous les pieds et l’air s’enhardit en convulsions rêveuses. Il serait possible d’ouïr le chant des cigales de mer si elles approchaient. Mais, sans cela, on perçoit l’allure maléfique des lieux, écrasés par leur monstre immémorial ; on voit nettement les pas douloureusement inscrits dans la chair terrestre, si fragile ; on ressent, avec appréhension, la force de l’incendie qui dévore l’espace. Tout est pourtant si calme ! Auprès de la mer, les fleurs vibrent comme jamais dans la brise tendre ; les vieux Italiens, perdus dans leur rêve ancestral, regardent, pleins de compassion, le défilé des touristes, extra terrestres qui confondent leur vie et la vie. Non, la terre n’est pas rouge, ni rousse, ni violette. La terre est simplement brune. Brunie par les vents et la mer, brunie, ridée par la fulgurance des rayons lumineux, brunie par l’intolérance des hommes qui la soumettent à leurs violents désirs, à leurs réquisitoires, à leurs délirantes propositions. Les Italiens, vieux pour la plupart, qui ornent le chemin comme des statues antiques, portent sur eux la marque de la terre. Bruns comme elle, ils ne savent pas comment peuvent vivre ces êtres curieux qui les viennent visiter, blonds, si pâles que le soleil ne peut que les réchauffer ; si faibles que la terre les emportera  bientôt vers sa propre révolution ; si peu crédibles que seule la mer entendra leur voix. Là-dessus, sur ces solitudes grandioses et dérisoires, Jean avançait à l’assaut de la pente interdite que cernent les vignes millénaires, avides de chaleur et de minéraux. Comme un enfant, sans but précis, tout au moment furtif qu’il partageait avec l’espace, il gravissait, sans effort apparent, cette terre brunie de lave et de désirs ardents.          (Roseline)

 

Pour lui il n'y avait pas d'interdit. Il connaissait les pièges des scories, les failles, l'odeur âcre et irritante des fumerolles. Tout en marchant il se remémorait son enfance dans son île lointaine, au-delà de l'équateur, au sud du tropique du Capricorne. 

Le volcan là-bas ne dormait pas, tout juste s'il prenait le temps de se reposer. Une sacrée fournaise qui parfois s'épanchait jusqu'à la mer. Il aimait voir le ruisseau brûlant dévaler les flancs de la montagne. Toutes ces roches en fusion. Rouge, jaune, orange, blanc, les couleurs du feu se précipitaient dans l'océan. Cela faisait un bruit ! Un grand boucan, comme lorsque maman jetait le cabri dans la marmite.  Et lorsque le nuage de vapeur se dispersait il ne restait plus qu'un chaos de roches noires,  granuleuses, tranchantes et si légères. 

Un jour cependant la coulée de lave traversa le village. Elle dévasta tout sur son passage. Sa jolie case de neuf repeinte, les cases des voisins, les jardins. Tout réduit en cendres et fumée. La forêt n'était plus que squelettes blanchis. Longtemps un chemin sombre resta gravé sur la pente, puis les lichens commencèrent à tapisser cette étendue minérale vierge.

Comme il avait hâte de grandir, de pouvoir grimper jusqu'au bord du cratère, de plonger son regard dans les entrailles de la terre. Plus qu'une envie, plus qu'un désir ardent, c'était un devoir. Ti Jean, l'enfant aux cheveux aussi fins que ceux de la déesse Pélé, l'enfant dont la tête illuminait le village et les roches noires qui l'entourent se sentait investi d'une grande responsabilité. N'était-il pas le "gardien volcan" ? C'était bien ce qu'on racontait au village : l'enfant aux cheveux couleur de lave est le "gardien volcan".         (Mireille/ Nomade)

 

 

Proposition 74  Commencer

 

Roland Barthes a parlé de l'esthétique du fragment, d'euphorie du commencement.

Essayez à votre tour,  tout simplement,  de commencer un récit, sans avoir le souci de le terminer.

Quelqu’un s’amusera à le poursuivre….

Par poudreurs d'escampette
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus